L’expression coranique « Bismillâh » est présente au début de presque toutes les sourates du Coran. Sa traduction a souvent été influencée par des habitudes linguistiques étrangères à la révélation islamique. La formule « Au nom de Dieu », utilisée par la plupart des traducteurs, s’inspire largement d’une tradition chrétienne liturgique, et n’est ni fidèle au sens linguistique de l’arabe ni exempte d’ambiguïtés. Cette étude démontre pourquoi la traduction la plus correcte, la plus claire et la plus fidèle est : « Par le Nom d’Allâh ».
**Le sens profond de « Bismillâh »**
Les exégètes musulmans expliquent que « Bismillâh » signifie : « Je commence par le Nom d’Allâh », en recherchant Sa bénédiction, Son aide et Son agrément. La lettre « bâ’ » (ب) indique ici le moyen ou l’instrument : on agit « par le Nom », c’est-à-dire en s’en remettant à Lui pour débuter une parole ou une action. Elle peut aussi, selon le contexte, introduire un serment.
**Les limites de la formule « Au nom de Dieu »**
Cette expression est héritée de la liturgie chrétienne, notamment de la formule trinitaire : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». En français, elle est aussi employée dans des contextes juridiques ou institutionnels (« au nom de la loi »), ce qui lui donne une tonalité distante, formelle, voire impersonnelle. Elle ne traduit ni la proximité ni l’intention spirituelle de celui qui commence un acte demandant l’assistance d’Allâh.
**Ce qu’a écrit le Dr Hamidullah**
Dans sa traduction du Coran, le Dr Muhammad Hamidullah note que l’expression « Bismillâh » signifie bien : « Je commence par le Nom de Dieu ». Il reconnaît que « Par le nom » serait plus proche du texte original. Cependant, il l’écarte en disant que cela pourrait être mal interprété comme un serment, et préfère à contrecœur « Au nom de Dieu », bien qu’il concède que cette tournure est chrétienne. Il demande même au lecteur de ne pas en faire une lecture liturgique. Cette démarche révèle une contradiction : reconnaître une traduction comme meilleure tout en l’abandonnant par crainte d’une mauvaise compréhension, et conserver une expression inadéquate en demandant au lecteur de la corriger intérieurement.
Ceci confirme que la traduction juste de « Bismillâh » est « Par le Nom d’Allâh », car c’est l’abréviation de : « Je commence ma lecture en invoquant l’aide et l’assistance d’Allâh », chose qui n’est point exprimée par « Au nom d’Allâh ».
Quant à l’argument qui avance que « Par le Nom d’Allâh » pourrait être confondu avec un serment, ceci est aisément évité par l’usage d’un point d’exclamation à la fin de chaque serment dans la traduction du Coran.
Ceci est un premier point. Le deuxième, non moins important, est que la lettre « bâ’ » (ب) en arabe est elle-même utilisée pour introduire un serment ! Or cela ne l’a jamais empêchée d’exprimer aussi d’autres fonctions, comme l’invocation de l’aide et de l’assistance. Cette polyvalence fait toute la richesse du terme, et justifie le maintien de sa portée complète dans la traduction.
**Pourquoi dire « Par le Nom d’Allâh » est plus juste**
• C’est la traduction la plus fidèle au sens de la lettre ب dans le contexte de l’arabe coranique.
• Elle est brève, directe, claire, sans connotation étrangère.
• Elle traduit à la fois le début d’une action sous la protection divine, et permet, par la ponctuation (ex. : un point d’exclamation), d’exprimer un serment si nécessaire.
• Elle est indépendante de toute influence chrétienne ou occidentale.
• Elle ne demande pas au lecteur de deviner un sens caché, elle le dit directement.
**La valeur de l’indépendance terminologique**
L’islam est une religion complète et autosuffisante. Elle n’a pas besoin d’imiter les formulations d’autres traditions, surtout quand elles sont théologiquement divergentes. Employer une expression authentiquement coranique comme « Par le Nom d’Allâh » renforce la clarté du message et respecte la spécificité doctrinale de l’islam. Cela permet aussi d’unifier les traductions autour d’un vocabulaire propre, respectueux de la langue arabe et de la foi musulmane.
**Conclusion**
La traduction « Au nom de Dieu » est le résultat d’une influence chrétienne ancienne et d’une facilité linguistique. Elle est faible du point de vue sémantique, incomplète du point de vue spirituel, et ambiguë sur le plan doctrinal. À l’inverse, « Par le Nom d’Allâh » respecte le texte arabe, exprime clairement l’intention du verset, et se détache de toute influence étrangère. Elle est brève, puissante, pure, et fidèle. C’est donc la seule traduction cohérente et valable pour qui veut transmettre le sens exact du Coran sans compromis ni imitation.