Le destin, la sincérité et le mystère de la fin : deux hadiths prophétiques bouleversants
Compréhension des hadiths

Le destin, la sincérité et le mystère de la fin : deux hadiths prophétiques bouleversants

Khemmar Tamime 23/06/2025 Compréhension des hadiths
**Par : Tamime Khemmar**

Les deux hadiths que nous allons examiner sont d’une profondeur saisissante. Ils lèvent le voile sur la manière dont Allâh, élevé soit-Il, a prédéterminé les existences, et nous mettent en garde contre l’illusion des apparences. À travers des récits authentiques rapportés dans Sahîh Al-Boukhârî, le Prophète ﷺ nous révèle des réalités aussi puissantes que déroutantes : un homme peut sembler marcher vers le Paradis toute sa vie, mais finir en Enfer, tandis qu’un autre, apparemment pécheur, peut être sauvé in extremis et entrer au Paradis.

**Le destin inscrit dès le ventre maternel**

Le premier hadith [n°131 sur TurjmanIslam.com] (https://turjmanislam.com/hadith.php?hadith=131) nous apprend qu’Allâh a inscrit les destins de toutes les créatures dans la Table Conservée, bien avant leur naissance. Lorsqu’un embryon atteint quatre mois de gestation, un Ange est envoyé à lui pour écrire quatre choses :

– ses actions futures,

– ses subsistances,

– sa durée de vie,

– et son sort final : malheureux ou heureux, c’est-à-dire en Enfer ou au Paradis.

Ceci nous dévoile la grande puissance et domination d'Allâh, surtout lorsque l'on sait que cette écriture du destin, particulière à chacun de nous, a été précédée par une écriture générale qui a englobé toutes les créatures, lorsqu'Allâh a ordonné au Calame d'écrire le destin de toute la création cinquante mille années avant de créer les Cieux et la Terre.

**Le destin prédomine toujours**

Le Prophète ﷺ dit ensuite qu’un homme peut accomplir les œuvres des gens du Paradis jusqu’à ce qu’il ne reste entre lui et le Paradis qu’une coudée, mais que ce qui a été écrit prédominera, et il terminera sa vie sur une mauvaise fin. Et inversement, un homme peut commettre les œuvres des gens du Feu, jusqu’à s’en approcher terriblement, puis finir par accomplir les œuvres des gens du Paradis et y entrer.

Ce hadith nous plonge dans le mystère insondable de la prédestination divine, tout en mettant l’accent sur la réalité de la fin des actes (khâtimah). Ce qui compte n’est pas seulement l’apparence actuelle de l’homme, mais la manière dont il clôturera sa vie. C’est pourquoi les pieux prédécesseurs craignaient constamment une mauvaise fin, malgré leurs bonnes œuvres.

En effet, ce qui compte, c'est de bien finir, même si l'on ne comprend pas toutes les sagesses de la création d'Allâh – dont celle qui concerne le destin, que nous expliquerons une autre fois, in châ’ Allâh – et ceci fut toujours le plus grand souci des Compagnons du Prophète et des prédécesseurs bienfaisants qui se souciaient de leurs œuvres plus que de leurs sciences.

**Le danger de se fier aux apparences**

[Le second hadith n°132] (https://turjmanislam.com/hadith.php?hadith=132) nous illustre ce concept à travers une scène vécue. Lors d’une expédition militaire, un homme musulman se distinguait par son courage extrême au combat. Il ne laissait aucun ennemi associateur sans le poursuivre et le frapper de son épée. Les compagnons en furent impressionnés et dirent au Prophète ﷺ :

— « Aucun de nous n’a accompli autant que cet homme ! »

Mais le Prophète ﷺ leur répondit :

— « Il fait partie des gens de l’Enfer. »

Cette réponse choqua les compagnons. Comment un homme qui semblait si valeureux pouvait-il être promis à l’Enfer ?

Un des compagnons décida alors de le suivre discrètement. Il observa qu’il avait été gravement blessé, puis, désespéré, il se donna la mort en s’enfonçant son épée dans la poitrine. Le compagnon revint rapporter la scène au Prophète ﷺ, qui déclara alors :

« L’homme accomplit les œuvres des gens du Paradis selon ce qui paraît aux gens, alors qu’il fait partie des gens de l’Enfer ; et il accomplit les œuvres des gens de l’Enfer selon ce qui paraît aux gens, alors qu’il fait partie des gens du Paradis. »

Ce hadith nous enseigne que la sincérité intérieure est plus importante que l’apparence extérieure, et que les actions ne sont valables qu’avec une intention pure. Cet homme semblait courageux, mais il se peut qu’il ait agi par orgueil, ostentation ou colère, et non par recherche du Visage d’Allâh. Or les savants ont expliqué ce hadith en disant que cet homme était en réalité un hypocrite qui n'avait pas la moindre foi en Allâh et en Son Messager. C’est pour cela qu’il finirait en Enfer.

**Quelques leçons essentielles**

Ces deux hadiths contiennent des leçons fondamentales pour tout croyant sincère :

1. Le destin est un secret d’Allâh. Ce n’est ni notre passé, ni notre apparence, ni même nos œuvres actuelles qui garantissent notre salut. Seul Allâh connaît le sort final de Ses serviteurs.

2. La constance dans les bonnes œuvres jusqu’à la mort est une grâce qu’il faut demander à Allâh sans relâche. Le Prophète ﷺ répétait souvent :

« Ô Toi qui tiens les cœurs, affermis mon cœur sur Ta religion. »

3. Il ne faut jamais se croire à l’abri d’une mauvaise fin, ni désespérer du pardon d’Allâh, ni croire cela pour les autres. Celui qui vit dans le péché aujourd’hui peut devenir un des plus sincères serviteurs d’Allâh demain, et l’inverse.

4. On ne juge pas les gens selon les apparences. Ce que nous voyons peut être trompeur. Seul Allâh connaît les cœurs, les intentions et les fins.

5. Enfin, la sincérité est la clé de l’acceptation des œuvres. Même une action brillante extérieurement est vaine si elle est motivée par l’hypocrisie ou l’amour du regard des autres.

6. Ce hadith est un signe miraculeux du Prophète ﷺ, à qui la fin de l’un de ses combattants fut révélée par Allâh, qui seul connaît le ghayb (ce qui est imperceptible aux créatures, dans l’espace ou dans le temps).

**La crainte, l’humilité et l’adulation**

Ces hadiths doivent éveiller en nous la crainte, la vigilance, l’humilité, mais aussi l’espoir. Crainte de la mauvaise fin, vigilance dans nos intentions, humilité dans le jugement des autres, et espoir de finir parmi les bienheureux, même après un long détour et une grande errance... et surtout avoir un grand respect et une grande vénération envers Allâh, élevé soit-Il, dont le pouvoir est si grand et si total, tout en L’aimant et L’adulant pour Ses sublimes qualités et Ses incommensurables attributs.