Le fait qu’il se consacre uniquement aux exigences de son âme est un préjudice porté à son humanité qui lui fait perdre sa souveraineté, et le prive de la progéniture qui assure la survie de son espèce. Tandis que le fait de se contenter de la satisfaction des désirs de son corps fait disparaître le caractère distinctif de son humanité par rapport au reste des animaux. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 25/V : 43-44) : (As-tu vu celui qui a fait de ses envies une divinité ? Est-ce toi qui le prendras en charge ? (43) Ou bien, penses-tu que la plupart d’entre eux entendent ou comprennent ? Ils ne sont que pareils à des bestiaux. Pire encore, ils sont plus égarés que ceux-ci.)
Or, le plus souvent, l’être humain suit ce qui concorde avec son état physique du monde du visible. On le trouve alors dépourvu de la science qui lie son âme au monde de l’imperceptible (al-ghayb). Or, celui qui est dépourvu de cette science soit renie la religion et l’adoration pour devenir un matérialiste (dahrî), soit il représente son objet d'adoration sous des formes sensibles auxquelles son âme se soumet, devenant ainsi un associateur (mushrik).
Dans le hadith, le Messager d'Allâh ﷺ a dit : « Humains ! Prenez garde à cette association dans l’adoration (shirk), car elle est plus discrète que le pas d’une fourmi. » Alors, l’un de ceux qu’Allâh voulut, dit : « Comment pouvons-nous nous en préserver, alors qu’il est plus discret que le pas d’une fourmi, Messager d’Allâh ? ». Il répondit : « Dites : "Allâh ! Nous cherchons refuge auprès de Toi contre le fait de T’associer quoi que ce soit en le sachant, et nous Te demandons pardon pour ce que nous faisons sans le savoir." » (1)
Il est donc impératif, pour celui qui se soucie de son bonheur, de reconnaître son besoin extrême de connaître l’association et ses manifestations, et d’accorder toute son attention à la recherche de toute voie menant à ce mal afin de s’en prémunir. Qu’il veille à ce qu’il ne s’infiltre pas furtivement dans son cœur, qu’il ne soit point prononcé par sa langue, ni n’apparaisse sur le moindre de ses membres. Ceci est la première chose que le conseiller sincère doit présenter au commun des gens, et la première chose qui doit parvenir à leurs oreilles.
**La première chose à laquelle appellent les Messagers envoyés :**
Le Noble Coran nous expose avec clarté que la première chose à laquelle appellent les prophètes est l’Unicité d’Allâh, et la première chose qu’ils réprouvent chez leur peuple est l’association et ses manifestations. Au point qu’en premier lieu, le but de l’envoi des Messagers se résume presque exclusivement à cela.
Le Prophète ﷺ ne délaissa point la condamnation des idoles alors qu'il était seul et unique, ni ne l'oublia alors qu’il était encerclé avec son peuple pendant trois années dans les montagnes. Il ne cessa point non plus de faire cela alors qu’il était caché durant son émigration, l’ennemi s’acharnant à sa recherche, ni ne cessa d’évoquer ce sujet alors qu’il était victorieux dans sa ville, parmi ses partisans, ni après la conquête de La Mecque.
Il n’en fut point détourné par la lutte et la victoire lorsqu’il attaquait et ne fuyait point. Il ne se contenta pas de demander l'allégeance sur le combat, sans réitérer l'allégeance sur l'Unicité et le rejet de l’association. Telle est sa biographie consignée et tels sont ses hadiths authentifiés ; en les suivant, tu trouveras la confirmation de ce que nous avons prétendu et le détail de ce que nous avons résumé.
**Dissuader de traiter du sujet de l’association (ash-Shirk) :**
Nous nous étonnons, certes, du peu d’intérêt que portent certains savants à la mise en garde contre l’association, comme si les musulmans n’en avaient nul besoin ! Il en est résulté que l’association est devenue le plus discret des péchés quant à son sens, bien qu’elle soit le plus évident de tous quant à son jugement. On voit alors la majorité des musulmans la désavouer, mais en raison de la subtilité de son sens, beaucoup d’entre eux y tombent sans même s'en rendre compte. Ils ont ensuite trouvé, parmi les prétendants à la science, ceux qui nomment pour eux les croyances liées de l’association et ses actes par des appellations religieuses, et qui les incluent ainsi parmi les gens de la Sunna.
C’est pourquoi faire connaître aux gens la réalité de l’association est une obligation impérative. Cela fait partie du conseil sincère, bénéfique et louable ; car orienter vers le bien utile n’est pas plus prioritaire que de mettre en garde contre le faux nuisible. Bien au contraire, les deux buts sont profitables, et c’est cela même qui a poussé les réformateurs parmi les rénovateurs à accorder une importance majeure à l’appel des musulmans vers l’établissement de l’Unicité et leur délivrance des chimères des associateurs.
**L’exhortation du musulman à éviter l’association (ash-Shirk) :**
Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 4/V : 136) : (Vous qui avez cru ! Croyez en Allâh et en Son Messager). Il les a qualifiés par la foi tout en la leur demandant. Si l’ordre qui leur fut donné indiquait qu’ils en étaient dépourvus, cela aurait impliqué une contradiction dans le discours, et le Livre d’Allâh en est exempt.
Il dit — élevé soit-Il — également (S : 60/V : 12) : (Prophète ! Lorsque les croyantes viennent te prêter serment d’allégeance, s’engageant à ne rien associer à Allâh). (2) Il les a qualifiées par la foi avant l’allégeance, car l’allégeance du croyant sur l’abandon de l’association et le fait de ne plus y revenir ne fait qu’accroître la pureté de sa foi.
'Ubâda ibn As-Sâmit (qu'Allâh agrée) rapporta que le Messager d'Allâh ﷺ a dit alors qu’il était entouré d’un groupe de ses Compagnons : « Prêtez-moi serment d’allégeance de ne rien associer à Allâh. » Il a donc demandé à ses Compagnons de lui prêter serment sur le fait d’éviter l’association.
Ces preuves, et ce qui abonde dans leur sens, démontrent que le fait de mettre en garde le musulman contre l’association ne constitue pas un jugement porté contre lui, et que la simple prononciation des deux attestations (ash-shahâdatayn) ne chasse pas de l’enceinte du cœur le spectre de l’association, particulièrement pour celui dont la prononciation se fait sans en comprendre le sens.
De nos jours, beaucoup de gens ne saisissent plus de la langue arabe ce que les premiers en comprenaient. C’est pourquoi la prononciation des deux attestations (ash-shahâdatayn) n’a pas extirpé de leurs cœurs les croyances liées à l’association. On trouve ainsi l’un d’eux répéter dans sa prière : (« C'est Toi Seul que nous adorons et c'est de Toi Seul que nous cherchons l'aide. ») (S : 1/V : 5), puis, dès qu’il a achevé sa prière et s’est levé, il sollicite l’aide d’un autre qu’Allâh en disant : « Grand-père ! » ou « Mon shaykh ! ». Ils ont ainsi réuni des contraires, ce que les gens de la période d’ignorance préislamique (Jâhiliyya) s’interdisaient de faire par égard pour ce délire inintelligible.
(1) [Rapporté par Ahmad (19606) et jugé hasan par Al-Albânî dans « Sahîh At-Targhîb » (1/121).]
(2) [Rapporté par Al-Bukhârî (18) et par Muslim (1709).]
Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hassan Bouqlil. Traduit par : Tamime Khemmar.