4. La signification de l'Association (ash-Shirk) et son origine
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

4. La signification de l'Association (ash-Shirk) et son origine

Khemmar Tamime 25/02/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
**La signification de l'association (ash-Shirk) :**
Tu dis : je l’ai associé dans l'affaire, une association (shirkan et sharika), lorsque tu es devenu son associé. L'origine de la racine de (shirk) renvoie au mélange et à l'adjonction, puis à la réunion d'associés dans une chose qui n'implique pas l'égalité de leurs parts, que ce soit dans les choses concrètes ou abstraites.

**Les catégories de l'association (ash-Shirk) :**

L'association (ash-Shirk) se divise en deux catégories :

1. L'association majeure (ash-Shirk al-Akbar) : C'est le fait d'attribuer un associé à Allâh — élevé soit-Il —, et c'est la plus grande mécréance. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 4/V : 48) : (Allâh ne pardonne jamais que l’on associe, avec Lui, dans Son adoration, mais Il pardonne ce qui est en dehors de cela, à qui Il veut.)

2. L'association mineure (ash-Shirk al-Asghar) : C'est le fait de prendre en compte autre qu'Allâh dans certaines choses, comme l'ostentation (riyâ’) et l'hypocrisie (nifâq). Le Prophète ﷺ a dit : « Prenez garde à cette association dans l’adoration (shirk), car elle est plus discrète que le pas d’une fourmi. »

L'association n'implique donc pas du point de vue de la charia l'égalité de l'associé à Allâh dans tous Ses attributs ou l’un d’entre eux, mais l’homme est considéré associateur par le Législateur (shâri’) s’il confirme un associé à Allâh même s’il le place en dessous de Lui en puissance ou en science par exemple.

Les catégories de l'association ont été citées de manière exhaustive par la Parole d’Allâh — élevé soit-Il — (S : 34/V : 22-23) : (Dis : « Invoquez ceux que vous prétendez être des divinités en dehors d’Allâh. Ils ne possèdent pas le poids d’une petite fourmi dans les Cieux et dans la Terre, n’y sont associés en rien et Il n’a aucun assistant parmi eux. (22) L’intercession n’est point utile auprès de Lui, sauf de la part de celui qui y sera autorisé. »)

Le verset a établi quatre catégories d'association et les a toutes réfutées et aucune des catégories de l'association ne sort du verset. Car l'associé l'est soit dans la propriété, soit dans la gestion :

• Le premier : Soit il possède sa part déterminée, soit il est un associé par indivision.

• Le second : Soit il aide le Propriétaire, soit il est un intercesseur auprès du Propriétaire.

Ces quatre catégories sont citées selon cet ordre dans le verset.

Nous cherchons refuge auprès d'Allâh contre l’intégralité de l’association, de ses moindres parties, qu’elle soit forte ou faible, apparente ou cachée

**L’origine de l’Association (ash-Shirk)**

**L’association (ash-Shirk) chez le peuple de Noé :**

Les premiers à avoir connu l'association (ash-Shirk) furent le peuple de Noé — que le salut soit sur lui —. Les premiers d'entre eux furent les adeptes des cultes des tombes qui se tournèrent, par leurs cœurs, vers les morts parmi leurs pieux. Noé fut ainsi le premier Messager envoyé pour combattre l'association. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 11/V : 25-27) : (Nous avons certes envoyé Noé vers son peuple, leur disant : « Je viens vers vous en tant qu’avertisseur explicite, (25) vous enjoindre de n’adorer qu’Allâh. Je crains pour vous le châtiment d’un Jour douloureux. » (26) Les notables de son peuple qui ont mécru dirent alors : « Nous ne voyons en toi qu’un homme comme nous, et à première vue, nous voyons que seuls nos subalternes t’ont suivi. Puis, nous ne voyons aucun mérite que vous auriez plus que nous. Au contraire, nous pensons que vous êtes des menteurs. » (27))

Regarde donc cette sottise et cet égarement : il les appelle à l'Unicité d’Al-Khallâq (L’Immensément Créateur), Al-Muta’âl (Celui qui S’est élevé) et ils lui répondent qu'il est un humain, et que ceux qui ont cru en lui font partie de la classe inférieure de leur société.

Noé — que le salut soit sur lui — s’arma de patience et tint ferme dans sa mission. Alors les sourates du Coran ont immortalisé son évocation dans de nombreux versets. La répétition de son récit est une incitation pour les prêcheurs à suivre sa méthode, et un avertissement pour les nations afin qu'elles ne suivent pas la voie de son peuple.

**L’origine de l'association (ash-Shirk) :**

Ibn ‘Abbâs (qu’Allâh agrée) dit : « Les idoles qui étaient chez le peuple de Nûh se retrouvèrent plus tard chez les Arabes. Wadd appartenait à la tribu de Kalb, à Dawmat Al-Jandal, Suwâ‘ appartenait à Hudhayl, Yaghûth appartenait à Murâd, puis aux Banû Ghutayf, dans la région d’Al-Jawf, près de Saba’, Ya‘ûq appartenait à Hamdan, et Nasr appartenait à Himyar, à la famille de Dhi-l-Kalâ‘. Ces noms étaient ceux d’hommes vertueux issus du peuple de Noé. Lorsque ces derniers moururent, le diable inspira à leur peuple : « Erigez des statues sur les lieux où ils se réunissaient, et donnez-leur leurs noms. » Ils s’exécutèrent, sans que ces statues ne soient alors adorées. Puis, lorsque ceux-là moururent et que la science disparut, elles furent adorées. » (1)

On peut dire que l'apparition des idoles eut lieu avant Noé, mais on l’a attribuée à son époque car c'est lui qui a désapprouvé les idoles et montré leur ignominie. En effet, l'Envoi des Messagers pour nier l'association ne survient qu'après sa propagation et sa diffusion au sein de la nation et leur éloignement de la période de l’Unicité. Cela est confirmé par l’obstination de son peuple à s’y attacher malgré le fait que Noé resta parmi eux mille ans moins cinquante années.

**L’association (ash-Shirk) chez le peuple d'Abraham :**

Le Déluge lava la terre de la souillure de l'association et de la désobéissance. Il ne resta plus sur sa surface que celui dont la foi était étincelante. Puis les générations se succédèrent jusqu'à ce que les natures penchent à nouveau vers l'égarement habituel. L'association revint alors après sa disparition, et la nation des Chaldéens apparut : ils adoraient Allâh mais Lui associaient les astres et leur fabriquaient des statues, en raison de ce qu'ils leur attribuaient comme influence causale ou illusoire.

L'association (ash-Shirk) du peuple de Noé revient aux apparences de piété chez les gens, tandis que l'association du peuple d'Abraham revient aux secrets de la nature et aux sciences subtiles des astres. Ainsi, l'association des premiers fut du type du rapprochement et de l'intercession, et l'association de ces derniers (les Chaldéens) fut une association des causes et du secours, avec une part de l'association de rapprochement ; car ils adoraient les idoles comme intermédiaires entre eux et Allâh.

Allâh — élevé soit-Il — envoya alors Abraham — que le salut soit sur lui — aux Chaldéens. Il les interpella alors sur les attributs de l'adoré, Sa capacité à être utile ou nuisible. Il dit — élevé soit-Il — (S : 37/V : 91-96) : (Il se rendit rapidement à leurs divinités et dit : « Ne mangez-vous pas ? (91) Pourquoi ne parlez-vous donc pas ? » (92) Il se lança sur elles, les frappant de sa droite. (93) Ils vinrent vers lui en courant. (94) Il dit : « Comment pouvez-vous adorer ce que vous sculptez, (95) alors qu’Allâh vous a créés ainsi que ce que vous faites ? » (96)). Le questionnement d'Abraham — que le salut soit sur lui — était une démonstration ironique et méprisante de l’absurdité de l’idolâtrie.

Et Il dit — élevé soit-Il — (S : 21/V : 62-68) : (Ils dirent : « Est-ce toi qui as fait cela à nos divinités – Abraham ? » (62) Il dit : « C’est la plus grande d’entre elles que voici qui l’a fait. Interrogez-les donc, si elles peuvent parler. » (63) Ils réfléchissent en eux-mêmes, puis dirent : « Assurément, c’est vous qui êtes les injustes. » (64) Puis, ils retombèrent dans leur égarement et dirent : « Tu sais très bien qu’elles ne peuvent pas parler ! » (65) Il dit : « Comment pouvez-vous adorer, en dehors d’Allâh, ce qui ne peut vous être utile en rien ni ne peut vous nuire ? (66) Fi de vous et de ce que vous adorez en dehors d’Allâh ! Ne raisonnez- vous donc pas ? » (67) Ils dirent : « Faites-le périr par le feu et soutenez vos divinités si vous avez l’intention de faire quelque chose. » (68))

Les Chaldéens persistèrent dans leur idolâtrie malgré l'établissement de la preuve contre eux, et ils recoururent après cet entêtement à la force. Abraham — que le salut soit sur lui — ne cessa pas son appel, mais il continua à proclamer les versets de l'Unicité, jusqu'à ce qu'ils s'étouffent de rage, malgré son isolement et leurs grand nombre, et malgré le fait que le pouvoir leur appartenait.

**L’association (ash-Shirk) chez les Arabes :**

L'association (ash-Shirk) des Arabes est de même nature que l'association du peuple de Noé, au point que les idoles de ces derniers se sont retrouvées chez eux. La cause de l’apparition des deux associations est la même chez les deux groupes.

Les Arabes ont aussi un lien avec les Chaldéens ; car tous sont fils de Sem, et Abraham est l'aïeul des Adnanites, et parmi les cousins des Qahtanites. C'est lui qui bâtit la Maison d’Allâh (la Ka'ba), le socle de leur puissance et le sommet de leur fierté.

La cause de la rupture des Arabes avec le monothéisme pur (al-hanîfiyya) et de l'infiltration de l’idolâtrie chez eux est le fait que les fils d'Ismaël — que le salut soit sur lui — étant devenus nombreux à La Mecque, ils se dispersèrent alors dans les contrées pour chercher leur subsistance. Certains d’entre eux ne voyageaient hors de La Mecque qu'en emportant avec eux une des pierres du Sanctuaire de la Mecque (Haram), par vénération pour lui. Partout où ils s'installaient, ils la posaient et tournaient autour d'elle comme ils tournaient autour de la Ka'ba (tawâf) recherchant la bénédiction. Cela continua jusqu'à ce qu'ils remplacent la religion d'Abraham — que le salut soit sur lui — par une autre et adorent les idoles.

Il restait parmi eux certains qui pratiquaient les anciens rites tels que : la vénération de la Maison d’Allâh (Bayt) et les circumambulations (tawâf) autour de celle-ci, la station à 'Arafa et Muzdalifa, l'offrande des bêtes de sacrifice, et la proclamation (ihlâl) du pèlerinage (hajj) et de la 'umra mais avec l'introduction de ce qui n'en faisait pas partie. Ils disaient lors de la proclamation de la talbiya : « Me voici — Allâh ! — me voici ! Tu n'as point d'associé, sauf un associé qui T'appartient ! Tu le possèdes lui et ce qu'il possède ! ».

Le premier à avoir changé la religion d'Ismaël — que le salut soit sur lui —, érigé des idoles et institué les pratiques de la Sâ'iba, de la Wasîla, de la Bahîra et du Hâm (2) fut 'Amr ibn Luhayy Al-Khuzâ'î. Les Arabes adhérèrent alors au culte des idoles, les adorèrent et les adoptèrent. C'est pour cela que le Prophète ﷺ a dit : « J’ai vu ‘Amr ibn ‘Âmir Al-Khuzâ‘î traîner ses entrailles en Enfer ; il fut le premier à consacrer les sâ’iba. » (3)

Les associateurs arabes — comme la majorité de leurs prédécesseurs — ne croyaient pas que leurs associés égalaient Allâh dans Ses attributs ou dans la création de Ses créatures. Leur association n'était qu'une association de rapprochement et d'imitation. Ils plaçaient leurs espoirs en leurs alliés (awliyâ’) pour la réalisation de leurs désirs auprès d'Allâh, en raison de la position et de la considération (al-jâh) qu'ils leur attribuaient.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 10/V : 18) : (Ils adorent en dehors d’Allâh ce qui ne peut ni leur nuire ni leur être utile et disent : « Ceux-là sont nos intercesseurs auprès d’Allâh.) Et Il dit (S : 39/V : 3) : (Quant à ceux qui ont pris des alliés en dehors de Lui en disant : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allâh). Et Il dit (S : 39/V : 38) : (Si tu leur demandes : « Qui a créé les Cieux et la Terre ? », ils diront : « Allâh ».)

L’idolâtrie des Arabes ne cessa de s'amplifier, de s'étendre et de se propager, jusqu'à ce que la corruption se généralise dans chaque quartier et chaque assemblée. Une réforme globale pour l'individu et la société devint alors nécessaire. Le Seigneur Miséricordieux gratifia alors l'humanité de la personne de Muhammad ﷺ qui a atteint le summum de la pureté et de la sainteté. La réforme se mit en marche et son appel atteignit le monde entier. Sa biographie (sîra) demeure la voie la plus noble, et son argumentaire est la preuve éternelle. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 62/V : 2) : (C’est Lui qui a envoyé, parmi les analphabètes, un Messager qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse. Or, avant cela, ils étaient dans un égarement évident.)

**Références et notes**

(1)[Rapporté par Al-Bukhârî (4920).]

(2)À l’époque préislamique, certaines bêtes étaient consacrées aux idoles selon des pratiques inventées : la « bahîra », dont la traite était interdite aux gens et réservée aux idoles ; la « sâ’iba », consacrée aux divinités et sur laquelle aucune charge n’était posée ; la « wasîla », chamelle consacrée lorsqu’elle mettait bas deux femelles consécutives sans qu’un mâle ne les sépare ; et le « hâm », mâle reproducteur libéré de toute charge après avoir accompli un nombre déterminé de saillies, dédié aux idoles.

(3)[Rapporté par Al-Bukhârî (4623) et Muslim (2856).]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.