8.Le Prodige et le Pouvoir d’administration de l'univers
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

8.Le Prodige et le Pouvoir d’administration de l'univers

Khemmar Tamime 07/03/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
**Le Prodige (al-Karâma)**

**La signification du prodige (al-karâma) :**

(Karuma ash-shay’, karman, karâma) lorsque la chose a acquis de la noblesse par sa valeur en étant précieuse et rare, elle est alors noble (karîma). L'homme n'est qualifié de noble (karîm) que si des mœurs louables émanent de lui.

On dit : (karramtuhu, takrîman, akramtuhu, ikrâman) je l’ai honoré et élevé au-dessus de toute bassesse.
L’honneur (al-ikrâm) et l’hommage (at-takrîm) consistent à faire parvenir à l’homme un honneur, c’est-à-dire un profit qui n’est entaché d’aucune défaillance, ou à faire en sorte que ce qui lui parvient soit une chose noble, c’est-à-dire distinguée.

Le prodige (al-karâma), dans la législation, est : « un mot désignant ce qu'Allâh fait parvenir au Son allié (waliyy) et se manifeste sur sa personne, parmi tout ce qui est profitable, rare, précieux et noble. »

**Le critère du prodige (al-karâma) :**

Les gens de science l’ont défini par le fait qu'il ne doit pas contredire un fondement parmi les fondements de la religion, ni enfreindre un jugement légiféré (shar’î) ou une règle religieuse.

Quant à nous, nous affirmons les prodiges des alliés d'Allâh et nous les limitons par la législation (shar’), afin de ne pas tomber à son sujet dans un excès menant à l’association (ash-shirk) — Qu’Allâh nous en protège !
Le prodige (al-karâma) n'est pas une preuve de l’alliance avec Allâh (al-walâya) en raison de sa confusion pour beaucoup de gens avec ce qui n'est pas un prodige. Bien au contraire, c’est l'alliance avec Allâh qui est une preuve du prodige (al-karâma). Le prodige n'a pas non plus d'influence sur les jugements légiférés (shar’iyya), mais il apporte à ses bénéficiaires une certitude, une connaissance d'Allâh — élevé soit-Il — ainsi qu'une force les soutenant fermes sur la vérité sur laquelle ils se trouvent.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 49/V : 13) : (Celui qui est le plus estimé d’Allâh est celui qui a le plus de crainte parmi vous.)

**Le prodige (al-karâma) chez le commun des gens :**

Beaucoup de gens pensent aujourd'hui que les prodiges et les actes surnaturels font partie des capacités pour lesquels les alliés d'Allâh entrent en compétition, ce dont la religion de l'Islam se désavoue.
Parmi leur perte manifeste, figure le fait qu'ils ne comprennent presque rien du prodige, si ce n'est le pouvoir d’administrer l'univers et la connaissance de l'imperceptible (al-ghayb). Démolissant par cela deux fondements parmi les fondements de la religion établis tout en criant au visage de quiconque les désapprouve à ce sujet :

Et j’affirme pour les alliés d’Allâh le prodige

Et quiconque le nie, rejette donc ses paroles

Et si tu les appelles pour leur détailler cette généralité : (Ils tournent leurs têtes et tu les vois se détourner, enflés d’orgueil.) (S : 63/V : 5).

**Le Pouvoir d’administration (at-Tasarruf) de l'univers**

**L'attribution de cet acte à la créature :**

L’administration de l'univers n’appartient qu’à Allâh — élevé soit-Il — de manière exclusive. Tout terme exprimant l’attribution de l’acte à une créature ne peut relever que de trois cas :

1 — Au sens d'une influence dans l'acte en dehors d'Allâh.

2 — Au sens d'une influence accordée par Allâh et une délégation de Sa part.

3 — Au sens où l’on informe d’une habitude qu'Allâh a instaurée, sans influence intrinsèque ou déléguée.

**Le jugement de l'attribution de l'acte à la créature :**

Zayd ibn Khâlid Al-Juhanî (qu'Allâh agrée) rapporta : « Le Messager d’Allâh ﷺ nous dirigea dans la prière de l’aube à Al-Hudaybiya, à la suite d’une pluie tombée durant la nuit. Lorsqu’il eut terminé la prière, le Prophète ﷺ se tourna vers les gens et dit : "Savez-vous ce que votre Seigneur a dit ?" Ils répondirent : "Allâh et Son Messager savent mieux." Il dit alors : "Parmi Mes serviteurs, certains se sont réveillés croyants en Moi et d’autres mécréants. Quant à celui qui a dit : "Nous avons reçu la pluie par la grâce et la miséricorde d’Allâh", celui-là est croyant en Moi et mécréant aux astres. Mais celui qui a dit : "Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile", celui-là est mécréant en Moi et croyant aux astres." » (1)

Ash-Shâfi'î — qu'Allâh lui fasse miséricorde — a dit : « Quiconque dit : "Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile", dans le sens où certains adeptes de l’association (ash-shirk) attribuaient la pluie à l’apparition ou la disparition d’une étoile, alors cela est de la mécréance ; comme l'a dit le Messager d'Allâh ﷺ. Car ceci est un moment, et le moment est créé (makhlûq) et ne possède rien pour lui-même ni pour autrui. Quant à celui qui dit : " Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile ", dans le sens : "Nous avons reçu la pluie à tel moment", cela n'est point de la mécréance, bien qu'il me soit plus appréciable qu'il ne dise point cela. »

Ce hadith nous apprend qu’Allâh est le seul qui administre l'univers, comme l'ont annoncé les versets suivants. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 3/V : 128) : (Rien du commandement ne t’appartient.) et Il dit (S : 6/V : 50) : (Dis : « Je ne vous dis pas que je détiens les réserves d’Allâh ni que je connais ce qui est imperceptible aux créatures et je ne vous dis pas que je suis un Ange.)

**La croyance du commun des gens concernant le pouvoir des alliés (al-awliyâ') :**

Quiconque observe les intentions de beaucoup de ceux qui font partie du commun des gens concernant l'attribution des actes aux alliés et leur pouvoir d’administrer l'univers, ne doutera point de l'application du second cas à leur égard . En effet, ils croient que les alliés sont chers à Allâh et qu'Il leur a délégué l’administration et les a mandatés. Ainsi, Il est d’accord avec tout ce qu'ils décrètent pour les gens. Nous avons d'ailleurs entendu certains exprimer cela en disant : « Moi je mens, et mon Seigneur croit. »

Jundub ibn 'Abdillâh (qu'Allâh agrée) rapporta que le Messager d'Allâh ﷺ raconta : « Qu’un homme dit : "Par Allâh ! Allâh ne pardonnera pas à untel." Allâh — élevé soit-Il — a alors dit : "Qui donc se permet de décider à Ma place en jurant par Moi que Je ne pardonnerai pas à untel ? Eh bien, J'ai pardonné à untel et J'ai annulé tes œuvres." » (2)

Bien plus, certains d'entre eux en arrivent au point de croire que l'allié fait ce qu'il veut par sa propre force et non par la force d'Allâh ; et parmi ces abandonnés dans leur égarement, il y en a qui le prétendent pour soi-même !

**Références et notes :**

(1)[Rapporté par Al-Bukhârî (4147) et par Muslim (71)].

(2)[Rapporté par Muslim (2126).]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.