Tout ce qui est caché aux sens et à la connaissance de l'homme est appelé l’Imperceptible (Ghayb).
Allâh seul détient la connaissance de l'Imperceptible ('Ilm al-Ghayb) :
De nombreux versets et hadiths sont venus confirmer que c’est Allâh, seul, qui détient la connaissance de l'Imperceptible, parmi lesquels :
Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 6/V : 59) : (Les réserves de ce qui est imperceptible aux créatures sont en Sa seule possession.)
Et Il dit (S : 27/V : 65) : (Dis : « Personne dans les Cieux et dans la Terre ne connaît ce qui est imperceptible aux créatures hormis Allâh. »)
Et Il dit (S : 72/V : 26 et 27) : (C’est Le Savant de l’imperceptible, et Il ne dévoilera la connaissance de ce qu’Il a rendu imperceptible aux créatures, à personne, (26) sauf ceux qu’Il agrée comme Messagers (27))
Ibn 'Umar qu'Allâh agrée a dit : « Le Prophète ﷺ a dit : "Les clés de l’Imperceptible (ghayb) sont au nombre de cinq ; nul ne les connaît si ce n’est Allâh : nul ne sait ce que portent les ventres maternels si ce n’est Allâh, nul ne sait ce qu’il adviendra demain si ce n’est Allâh, nul ne sait quand viendra la pluie si ce n’est Allâh, nulle âme ne sait en quelle terre elle mourra si ce n’est Allâh, et nul ne sait quand arrivera l’Heure si ce n’est Allâh." » (1) et dans une autre version du hadith : « Il m’a été donné les clés de toute chose, à l’exception des cinq. » (2)
Et d’après ‘Â’isha (qu'Allâh agrée) : « Trois choses, quiconque en prononce une a certes proféré un terrible mensonge contre Allâh. », et elle cita la troisième : « Quiconque prétend qu'il annonce ce qui adviendra demain a certes proféré un terrible mensonge contre Allâh, alors qu’Allâh dit (S : 27/V : 65) : (Dis : « Personne dans les Cieux et dans la Terre ne connaît ce qui est imperceptible aux créatures hormis Allâh. ») (3)
Ibn Qutayba a montré que ce sont les Râfidites qui ont inventé l’attribution de la connaissance de l’Imperceptible (ghayb) aux créatures, jugeant ainsi de leur mécréance. Cette invention dans la religion (bid’a) s’est ensuite transmise d’eux à certains soufis tardifs, en raison de la fusion des deux parties, et du fait que les soufis ont adopté un grand nombre des croyances des Râfidites.
**L'inspiration (Al-Ilhâm), être de ceux à qui l’on parle (At-Tahdîth) et la perspicacité (Al-Firâsa) :**
Il existe une différence entre la connaissance de l'Imperceptible et ce qui peut être confondu avec elle comme la vision (ar-ru’yâ), l'inspiration et la perspicacité (al-firâsa) :
Concernant l'inspiration (al-ilhâm) : Il s’agit de l'inspiration particulière que le Prophète ﷺ a exprimée par le terme At-Tahdîth lorsqu'il a dit : « Il y eut assurément, parmi les nations qui vous ont précédés, des hommes inspirés (muhaddathûn) ; s’il doit y en avoir un dans ma nation, c’est bien ‘Umar. » (4)
Concernant la perspicacité (al-firâsa) : Il a dit ﷺ : « Prenez garde à la perspicacité du croyant, car il voit avec la lumière d'Allâh. », puis il récita la Parole d’Allâh — élevé soit-Il — (S : 15/V : 75) : (Il y a certes en cela des signes pour ceux qui savent observer.), il dit : « Ceux qui sont perspicaces (al-mutafarrisîn) sont ceux qui ont de la clairvoyance. » (5)
Cette clairvoyance issue de la foi est différente de la clairvoyance naturelle ou acquise par l’entraînement.
'Umar (qu'Allâh agrée) dit, alors qu'il prononçait un sermon sur le minbar de Médine : « Sâriya ! La montagne ! ». Or, Sâriya était le chef de son armée près de la montagne de Nahâwand (6), en terre non-arabe. L'ennemi était sur le point de les vaincre, mais quand Sâriya entendit la parole de 'Umar, il se replia vers la montagne.
Tu vois donc qu'on inspira à 'Umar l'état du chef de son armée face à son ennemi. Il lui fut aussi inspiré cette parole qu’Allâh fit parvenir à l'oreille de Sâriya attirant son attention sur la nécessité de se diriger vers la montagne pour s’y protéger.
**La vision (Ar-Ru'yâ) :**
Le Messager d'Allâh ﷺ a dit : « Il ne resta de la prophétie que les heureuses nouvelles (mubashshirât). » Ils dirent : « Et que sont les heureuses nouvelles ? » Il répondit : « la bonne vision. » (7)
Parmi ses exemples, ce qui fut rapporté de 'Â'isha (qu'Allâh agrée) qui a dit qu’Abû Bakr As-Siddîq (qu'Allâh agrée) lui avait fait don de la récolte de vingt wasq de ses palmiers à Al-Ghâba. Lorsqu'il fut sur le point de mourir, il dit — : « Par Allâh ! Ma petite fille ! Il n’est personne parmi les gens que j’aime voir riche après moi plus que toi, et il n’est personne dont la pauvreté après moi m’afflige davantage que la tienne. Je t'avais fait don de la récolte de vingt wasq ; si tu les avais cueillis et pris en ta possession, ils t'auraient appartenu. Mais aujourd'hui, c'est un patrimoine destiné aux héritiers, et ce sont tes deux frères et tes deux sœurs ; partagez-le donc selon le Livre d'Allâh. » 'Â'isha dit : « Je dis alors : "Père ! Par Allâh ! Même s'il avait atteint ceci ou cela, je l'aurais délaissé. Seulement il n'y a qu'Asmâ', qui est donc l'autre ?" Abû Bakr répondit : "Celle qui est dans le ventre de Bint Khârija , il me semble que c'est une fille." » (8)
Et il en fut ainsi : Habîba mit au monde après sa mort une fille qui fut prénommée ‘Umm Kulthum.
Médite la parole d'Abû Bakr (qu'Allâh agrée) : « Il me semble que c'est une fille », exprimant un doute sans être catégorique, tu trouveras que l’inspiration et l’interprétation du non-infaillible sont faillibles.
**L’heureuse nouvelle (Bushrâ) des alliés (al-Awliyâ') :**
Allâh — élevé soit-Il — a accordé à Ses alliés l’heureuse nouvelle dans la vie d'ici-bas et dans la vie dernière.
• L’heureuse nouvelle d'ici-bas : C'est la vision, comme précisé dans le hadith : « Il ne resta de la prophétie que les heureuses nouvelles (mubashshirât). », et cela fut rapporté d’un groupe de Compagnons.
• L’heureuse nouvelle de la vie dernière : C'est la descente des Anges sur eux lors de la mort, dans la tombe et lors de la Résurrection. Allâh — élevé soit-Il — dit : (S : 41/V : 30) : (Ceux qui disent : « Notre Seigneur est Allâh », puis se maintiennent sur la droiture, les Anges descendent sur eux : « Ne craignez rien, ne vous affligez pas, et ayez l’heureuse nouvelle du Paradis qui vous était promis ».)
Il ne reste donc, après le Sceau des prophètes, aucune révélation descendue par les Anges sur quelqu'un. Il n'existe aucune connaissance de l'Imperceptible (ghayb) affirmée avec certitude avant sa réalisation et son dévoilement.
**Le dévoilement (Al-Kashf) :**
Nombreux sont ceux qui emploient le terme de « dévoilement » (al-kashf), mais rares sont ceux qui le comprennent ou le définissent. Ash-Shâtibî cita l'exemple de l'abstention d’Ash-Shiblî de manger des fruits d’un figuier qu’il pensait sans propriétaire, après qu’il l’eut informé qu'il appartenait à quelqu'un. De même, le regret de 'Abbâs ibn Al-Muhtadî d’avoir épousé une femme puis s’abstint d’avoir des rapports avec elle. Il s’est avéré ensuite qu’elle avait un mari.
De tels récits relèvent du fait d’éviter les choses qui pèsent sur le cœur et le troublent , et non du fait juger d’une chose en ayant connaissance de l'Imperceptible. Ceci est illustré par le hadith de Wâbisa ibn Ma'bad (qu’Allâh agrée) qui dit : « Je me rendis auprès du Prophète ﷺ, et il me dit : « Tu es venu m’interroger sur la piété et le péché ? ». Je répondis : « Oui ». Il dit : « Consulte ton cœur ; la piété est ce qui apaise l’âme et rassure le cœur, tandis que le péché est ce qui trouble l’âme et suscite l’hésitation dans la poitrine, même si les gens te donnent leur avis, encore et encore. » (9)
**La connaissance de l'Imperceptible ('Ilm al-Ghayb) chez le commun des gens :**
Le commun des gens attribue la connaissance de l’Imperceptible absolu à ceux qu’ils ont pris pour alliés (awliyâ’). Ils craignent, en leur absence, que ces derniers ne découvrent ce qu’ils n’agréent pas d’eux. Ils entreprennent des voyages vers eux pour les interroger sur un vol, ou pour demander un avis sur l'issue d'un acte.
Les récits concernant de tels égarements sont trop nombreux pour être contenus dans des volumes. Car l'attribution de la connaissance de l'Imperceptible absolu aux alliés (awliyâ’) s’est répandue et propagé. Or, c’est un acte d'association (shirk) par consensus (ijmâ’).
**Références et notes**
(1) [Rapporté par Al-Bukhârî (7379).]
(2) [Rapporté par Ahmad (5579), voir : « Adh-Dha’îfa » (3335).]
(3) [Rapporté par Muslim (177).]
(4) [Rapporté par Al-Bukhârî (3689) et par Muslim (2398).]
(5) [Rapporté par At-Tirmidhî (3127). Voir : « Adh-Dha’îfa » (1821). Et il a été rapporté avec les termes : « Certes, Allâh a des serviteurs qui reconnaissent les gens par l’observation perspicace (at-tawassum) », jugé hasan par Al-Albânî dans « As-Sahîha » (1693).]
(6) [Rapporté par Ibn 'Asâkir dans son « Târîkh » (24/20) ; jugé sahîh par Al-Albânî dans « As-Sahîha » (1110).]
(7) [Rapporté par Al-Bukhârî (6990).]
(8) [Rapporté par Mâlik (2783) et jugé sahîh par Al-Albânî dans « al-Irwâ’ » (1619).]
(9) [Rapporté par Ahmad (18006) et Ad-Dârimî (2533).]
Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.