10. La Sorcellerie (as-Sihr)
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

10. La Sorcellerie (as-Sihr)

Khemmar Tamime 13/03/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
**La signification de la sorcellerie (as-Sihr) :**

Le terme (sahar) est employé dans le sens de ce qui est caché et subtil. Il signifie plusieurs choses comme le poumon car celui-ci est caché à l'intérieur du corps de l'animal, l’aliment car ses voies sont très subtiles dans le corps, la fin de la nuit, car c’est le moment où jaillissent les premières lueurs de l’aube.

Il est également employé dans le sens de la tromperie ; on dit : « (sahartu) j'ai ensorcelé le petit garçon », lorsque je l’ai trompé. Il porte aussi le sens du détournement (sarf) et de l'inclinaison (istimâla), sens auquel se rapporte la parole du Prophète ﷺ : « Certes, une partie de l'éloquence est une sorcellerie. » (1)

La sorcellerie est donc : « Toute chose dont la cause est subtile et cachée, qui s'imagine différemment de sa réalité, et qui est réalisée par la simulation, la tromperie et la ruse ». Elle revient donc, dans son sens, à la dissimulation et à la subtilité ; à la ruse et à la simulation ; à la diversion et à la supercherie ; au détournement (sarf) et à l'inclinaison (istimâla).

**Les types de sorcellerie (as-Sihr) :**

1. La sorcellerie des Babyloniens : Elle provient des Chaldéens qui adoraient les astres et les considéraient comme les régisseurs de ce monde, cherchant à s'attirer leurs faveurs ou à détourner leur nuisance par des incantations et des fumigations, le tout selon ce qu'ils jugeaient convenir à chaque astre.

2. La sorcellerie des adeptes des états spirituels élevés (ashâb al-ahwâl) : Elle émane de personnes dotées d'âmes fortes et influentes qui s'efforcent de renforcer leur pouvoir par la privation de nourriture, l'isolement loin des gens et le renoncement aux habitudes et aux plaisirs, s'appuyant sur l'effet de ces pratiques combinées aux incantations et aux fumigations.

3. La sorcellerie des adeptes des conjurations (ashâb al-'azâ'im) : Elle provient d'adorateurs de diables et de serviteurs de djinns qui cherchent à se rapprocher d'eux par des incantations (ruqâ) et des conjurations (‘azâ’im). Ils prétendent que les formules qu’ils prononcent sont des Noms d’Allâh – élevé soit-Il – que les Anges utilisaient pour soumettre les djinns à l’époque de Salomon. Ainsi, selon eux, dès que le conjurateur (mu’azzim) mentionne ces Noms, les djinns se soumettent à lui pour extraire les choses cachées ou pour sortir du possédé.

4. La sorcellerie des prestidigitateurs (ashâb ash-sha'wadha) : Ils trompent les gens par des mouvements rapides, détournant les regards de ce qu'ils font réellement vers une chose précise que les spectateurs fixent de leurs yeux.

5. La sorcellerie des artisans habiles (huddâq as-san'a) : Elle consiste en l'assemblage de machines selon des proportions géométriques faisant apparaître des œuvres étonnantes, comme des automates. Ces artifices – à l'instar des sciences – comprennent ce qui est manifeste, que toute personne sensée peut percevoir en le voyant ou en l'entendant, et ce qui est caché, que seuls les initiés qui s'y consacrent peuvent saisir.

6. La sorcellerie des adeptes de l’illusion (ashâb at-takh-yîl) : Ceux qui connaissent les propriétés des nombres, désignées chez nous par la science du tableau ('ilm al-jadwal), ainsi que les propriétés des herbes et des pierres telles que l'aimant. Car, toute chose possède des natures et des propriétés que peu de chercheurs parviennent à découvrir.

7. La sorcellerie des adeptes de l'hypnose (ashâb at-tanwîm) : Elle consiste pour le sorcier à terrifier une personne à l'esprit faible et peu discernant, en lui faisant croire qu'il contrôle les djinns jusqu'à ce qu’il l’influence, qu’il le croit et que son cœur s'attache à lui. Sa perception lui est ravie par l'épouvante, et il devient comme celui qui dort. Le sorcier fait alors de lui ce qu'il veut, et le commun des gens chez nous appelle ce sorcier « celui qui terrasse » (al-masrû'), et qualifie ses gestes de « agitations » (at-tahwâl).

8. La sorcellerie du colporteur malveillant (sihr an-nammâm) : en colportant entre les gens de manière subtile et cachée. Ibn Mas'ûd (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Voulez-vous que je vous informe de ce qu’est al-‘adhh ? C’est le colportage malveillant (an-namîma), la parole rapportée entre les gens.» (2)

Le terme (al-'adhh) désigne la sorcellerie dans la langue de Quraysh, et (al-'adhîh) désigne le sorcier chez eux.

Yahyâ ibn Abî Kathîr dit : « Le colporteur malveillant (an-nammâm) et le menteur corrompent en une heure ce que le sorcier ne corrompt pas en un mois. » (3) , c’est-à-dire que le colporteur malveillant n'est pas un sorcier à proprement parler, mais qu'il rejoint son sens.

**Les manifestations produites par la sorcellerie (as-Sihr) :**

Il peut apparaître, par la main du sorcier, des phénomènes extraordinaires au-delà des capacités humaines, comme le fait de courir sur un fil tendu, de voler dans les airs, de marcher sur l'eau, et d'autres choses encore.

On vit un sorcier s'exécuter devant Al-Walîd ibn 'Uqba : il montrait aux gens qu'il entrait par l'anus d'un âne et ressortait par sa bouche, et qu'il se tranchait sa propre tête puis la remettait en place. Jundub se rendit auprès de lui alors qu'il agissait ainsi, lui trancha le cou et dit : « Dites-lui donc de se faire revivre lui-même maintenant ! »

Ce Jundub est Al-Azdî et il fut dit Al-Bajalî, au sujet duquel le Prophète ﷺ dit : « Il y aura, dans ma nation, un homme que l'on appellera Jundub ; il frappera une frappe avec le sabre, qui distinguera entre le vrai et le faux. » Les gens pensaient qu’il s’agissait de ce Jundub qui a tué le sorcier.

**Le jugement de la sorcellerie (as-Sihr) :**

Al-Qurtubî dit : « Une partie de la sorcellerie est une mécréance de la part de son auteur, comme le cas de ceux qui prétendent changer les formes des gens et les font sortir sous l'apparence de bêtes, ou le fait de parcourir une distance d'un mois en une seule nuit, ou de voler dans les airs. Quiconque accomplit cela pour faire croire aux gens qu'il est véridique, cela constitue une mécréance de sa part ».

Les savants divergèrent au sujet de celui qui apprend la sorcellerie et l'utilise. Abû Hanîfa, Mâlik et Ahmad dirent : il mécroit par cela. Parmi les compagnons d'Abû Hanîfa, certains dirent : s'il l'apprend pour s'en protéger ou pour s'en écarter, il ne mécroit pas. Mais celui qui l'apprend pensant qu’il est licite ou qu’il lui sera profitable, celui-ci mécroit. De même s'il croit que les diables accomplissent pour lui ce qu'il veut, il est alors mécréant.

Ash-Shâfi'î est d'avis qu'on lui dise : « Décris-nous ta sorcellerie ». Si sa description implique ce qui rend mécréant, il est alors mécréant. Si cela n'implique pas la mécréance mais qu’il croit que ceci est licite, il est alors mécréant.

Ce qui fut attribué à certains compagnons d'Abû Hanîfa concernant le jugement de la non-mécréance de celui qui l'apprend par protection, cela ne signifie pas qu’il est licite ; car il existe entre la mécréance et le caractère licite des degrés.

**Ce qui fut rapporté au sujet de la sorcellerie (as-Sihr) :**

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 102) : (Ils suivirent alors ce que pratiquaient les diables lors de l’ère de Salomon. Or, Salomon n’a jamais mécru. Ce sont les diables qui ont mécru).

Allâh — élevé soit-Il — dit, relatant l'histoire de Moïse et son discours adressé aux sorciers, (S : 10/V : 81) : (Lorsqu’ils jetèrent, Moïse dit : « Ce que vous avez apporté n’est autre que de la sorcellerie. Allâh l’annulera. Allâh ne laisse certes pas s’accomplir l’œuvre des malfaisants.)

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 20/V : 69) : (Or, le sorcier ne gagne jamais, où qu’il se trouve.)

Abû Hurayra (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Éloignez-vous des sept péchés destructeurs ! » Les Compagnons (qu’Allâh les agrée) demandèrent : « Messager d’Allâh ! Quels sont-ils ? » Il répondit : « L’association dans l’adoration d’Allâh, la sorcellerie, tuer une âme qu’Allâh a interdit de tuer sauf en toute justice, manger l’usure (ar-ribâ), manger les biens de l’orphelin, fuir le jour de la bataille et accuser d’adultère les vertueuses et innocentes croyantes. » (4) Le Prophète ﷺ plaça ainsi la sorcellerie succédant à l'association devant le meurtre.

Ibn Mas'ûd (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque se rend auprès d'un devin ou d'un sorcier et croit à ses paroles a certes mécru en ce qui fut descendu sur Muhammad ﷺ. » (5)

**Le préjudice de la sorcellerie (as-Sihr) dans la religion :**

Ces versets et ces récits désapprouvent le sorcier de la plus vive désapprobation et mettent en garde contre la sorcellerie de la manière la plus vive. Cela n'est dû qu'à l'ampleur de son préjudice pour la religion et dans ce bas monde. Le premier de ses préjudices est le détournement du Livre d'Allâh, et c'est ce qui arriva à ceux qui nous ont précédés parmi les Fils d'Israël. Le Coran les blâma dans le verset : (S : 2/V : 101 et 102) : (Or, lorsqu’il leur est venu un Messager d’Allâh confirmant le Livre qu’ils avaient, certains de ceux qui ont reçu le Livre ont rejeté le Livre d’Allâh derrière leurs dos. Comme s’ils ne savaient pas. (101) Ils suivirent alors ce que pratiquaient les diables lors de l’ère de Salomon. (102))

**L'engouement des gens pour la sorcellerie (as-Sihr) :**
Comment se fait-il qu’après cet avertissement et cette mise en garde, les gens de ce Livre et les disciples de ce Messager puissent rivaliser dans les diverses formes de sorcellerie, dans leur maîtrise et s'enorgueillissant de leur habileté en la matière.

Tu trouves certains de ceux qui se réclament de la piété tromper le commun des gens par des artifices sorciers, leur faisant croire qu'ils sont des gens dotés de miracles (karâmât) et qu'ils ont un pouvoir sur les mondes spirituels. Tu vois certains de ceux qui apprennent la lecture et l'écriture se jeter sur les livres de sorcellerie pour y puiser, adoptant les croyances des Chaldéens et revêtant l'habit des gens du Coran, tout cela pour être qualifiés de sages et pour que l'on dise d'eux qu'ils soumettent les rois des djinns.

Si notre nation s'était préoccupée de la science comme elle s’est préoccupée de la sorcellerie, elle n'aurait pas dévié de la voie du progrès. Mais elle a abandonné les causes de la réussite, ses fautes l'ont cernée et les conséquences néfastes de ses œuvres l’ont entourée de toute part. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 41/V : 46) : (Quiconque accomplira de bonnes œuvres en profitera lui-même, et quiconque en accomplira de mauvaises en pâtira lui-même. Or, ton Seigneur n’est aucunement injuste envers les hommes.)

**Références et notes :**

(1)[Rapporté par Al-Bukhârî (5767).]

(2)[Rapporté par Muslim (2606).]

(3)[Rapporté par Abû Na’îm dans (Al-Hilya » (3/70).]

(4)[Rapporté par Al-Bukhârî (2766) et par Muslim (89).]

(5)[Rapporté par Al-Bazzâr (1873).]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.