10. L’Incantation (ar-Ruqya) et la Conjuration (Al-'Azîma)
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

10. L’Incantation (ar-Ruqya) et la Conjuration (Al-'Azîma)

Khemmar Tamime 15/03/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
**La signification de l’incantation (ar-Ruqya) :**

(Ar-ruqya) désigne le fait de réciter une incantation. Son pluriel est (ruqâ) et son verbe est (raqâ – yarqî).
On dit : « (Istarqaytuhu) Je lui ai demandé de réciter une ruqya sur moi », « (Raqânî) Il a récité une ruqya sur moi », il est donc un incantateur (râqî) et elle est une incantatrice (râqiya).

Elle signifie : la protection par la récitation de paroles sur la personne atteinte, dans l'espoir de la guérison.

**La signification de la conjuration (al-'Azîma) :**

On emploie pour l'incantation (ruqya) le terme de conjuration ('azîma) dont le pluriel est ('azâ'im). On dit : ('azama ar-râqî ta'zîman) lorsque l’incantateur a récité une conjuration (‘azîma) ou une incantation (ruqya).
La conjuration (al-’azîma) est une protection, c’est comme si, par elle, tu avais lié le Diable pour l’empêcher d’exercer sa volonté sur toi.

**La différence entre l’incantation (ar-Ruqya) et la conjuration (al-'Azîma) :**

Al-Qarâfî a distingué entre l'incantation et la conjuration :

L'incantation (ar-ruqya) désigne des paroles spécifiques par lesquelles se réalise la guérison des maladies, des maux et des causes périlleuses.

La conjuration (al-'azîma) désigne des paroles vénérées par des Anges qui exercent un pouvoir sur des tribus des djinns ; lorsque le conjurateur (al-mu’azzim) prête serment par elles, ils exécutent ce qui leur est demandé.

La conjuration (al-'azîma), dans ce sens, fait partie de la sorcellerie. C’est ce qui est connu chez le commun de nos gens, qui appellent l’incantation (ar-ruqya) : la recherche d’une cause (at-tasabbub). Ils disent ainsi : « Mon maître untel a cherché une cause (tasabbaba) pour moi dans cette eau ou cette huile ».

Le terme incantation (ar-ruqya) existe bien dans leur langage, mais ils entendent par là le sens des « lignes tracées » (at-tarq) mentionné précédemment dans l'acte de divination.

Or, tout jugement mentionné pour l'un des deux s'applique à l'autre en termes d'autorisation ou d'interdiction.

**L'interdiction de l'incantation (ar-Ruqya) :**

Allâh dit, au sujet de ce contre quoi on cherche protection (S : 113/V : 4) : (contre le mal de celles qui insufflent dans les nœuds). Ce sont les sorcières qui pratiquent l'incantation par des paroles contenant de l'association (shirk) et qui insufflent lors de la récitation de l’incantation.

Il dit également, en rappelant l'état de l'agonie, (S : 75/V : 26 et 27) : (Oh que non ! Lorsqu’elle atteindra le bas de la gorge, (26) qu’il sera dit : « Y a-t-il un incantateur (râq) ? » (27)). L'interrogation ici exprime la désapprobation, ce qui indique le blâme de l'incantation ; et c'est là l'un des deux avis concernant son sens.
Ibn Mas'ûd (qu'Allâh agrée) dit : « J'ai entendu le Messager d'Allâh ﷺ dire : « Certes, les incantations (ruqâ), les amulettes (at-tamâ’im) et les sorts d’amour (at-tiwala) font partie de l'association. » (1)

(At-tiwala) désigne les différentes sortes de sorcelleries qu’utilise la femme pour se faire aimer de son mari.
Ces preuves indiquent le blâme des incantations (ar-ruqâ) et des conjurations (al-‘azâ’im) ainsi que leur interdiction. Cependant, il est venu ce qui indique l'autorisation et la levée de la gêne, comme par exemple :

Il fut rapporté que 'Â'isha (qu'Allâh agrée) a dit : « Le Prophète ﷺ autorisa l'incantation (ar-ruqya) contre toute bête venimeuse. » (2)

(Al-Humma) désigne le venin du serpent, du scorpion et de leurs semblables.

'Awf ibn Mâlik (qu'Allâh agrée) a dit : « Nous pratiquions des incantations (ruqâ) à la période d’ignorance préislamique (Jâhiliyya), puis nous dîmes : "Messager d’Allâh ! Qu’en penses-tu ?" Il dit alors : "Présentez-moi vos incantations ; il n’y a aucun mal aux incantations tant qu’elles ne comportent pas d’association." » (3)

'Ubâda ibn As-Sâmit (qu'Allâh agrée) a dit : « Je pratiquais une incantation (ruqya) contre la fièvre du mauvais œil à la période d’ignorance préislamique (Jâhiliyya), puis, lorsque j’embrassai l’Islam, je la mentionnai au Messager d’Allâh ﷺ. Il dit : "Présente-la-moi." Je la lui présentai alors, et il dit : "Utilise cette incantation, il n’y a aucun mal." Sans cela, je n’aurais jamais pratiqué cette incantation sur personne. » (4)

**Les catégories de l'incantation (ar-Ruqya) et ses jugements :**

Les types de l'incantation sont au nombre de quatre :

1. Que l'incantation soit effectuée avec des termes d’association (shirkiyya) ou que le profit et le préjudice y soient attribués à celle-ci : cela constitue alors une mécréance et une association (shirk).

2. Qu'elle soit effectuée avec des termes incompréhensibles : cela est alors un moyen menant à l'association, ce qui en fait une pratique interdite.

3. Qu'elle soit effectuée avec des noms autres que ceux d'Allâh — élevé soit-Il — : cela n'est pas légiféré, comme le serment par autre qu'Allâh.

4. Qu'elle soit effectuée avec les Noms d'Allâh, Ses paroles ou ce qui a été rapporté du Prophète ﷺ : cela est alors une pratique légiférée (shar’iyya).

**Prendre un salaire pour l'incantation (ar-Ruqya) :**

Ibn Abî Zayd rapporta : « Il n'est pas permis de percevoir une rémunération (ju'l) pour l'action d'extraire le djinn du corps humain, car sa réalité n'est pas connue et on ne peut s'en assurer. Il ne convient donc pas aux gens de piété de le faire, ni à d'autres. Il en est de même pour la rémunération perçue pour dénouer le sort de celui qui est lié (al-marbût) ou ensorcelé (al-mashûr). »

L’acte de ces gens-là, s’il est pratiqué d’une manière interdite, l’interdiction de leur rémunération repose sur cette raison. Mais si leur pratique est conforme à la charia, l’ignorance de la réalité du mal ne nuit pas, car la rémunération est accordée en contrepartie de la guérison, qui elle est connue et effective.

Sauf si le djinn risque de revenir et que la rémunération est accordée spécifiquement pour l’extraire définitivement sans possibilité de retour – sinon cela contredirait le hadith d'Abû Sa'îd Al-Khudrî (qu'Allâh agrée) rapportant que des gens parmi les Compagnons du Prophète ﷺ arrivèrent auprès d'une tribu parmi les tribus arabes, mais celle-ci ne leur offrit pas l'hospitalité. Alors qu'ils étaient dans cette situation, le chef de cette tribu fut piqué. Ils dirent : « Avez-vous un remède ou quelqu'un qui peut faire une incantation (ruqya) ? » Ils répondirent : « Vous ne nous avez pas offert l'hospitalité, et nous ne ferons rien tant que vous ne nous donnerez pas une rétribution. » Ils leur donnèrent alors un troupeau de moutons. L'un d'eux se mit à réciter la Mère du Coran , à rassembler sa salive et à cracher, et le malade guérit. Ils vinrent avec les moutons, mais ils dirent : « Nous ne les prendrons pas avant d'interroger le Prophète ﷺ. » Ils l'interrogèrent, il rit alors et dit : « Et qu'est-ce qui t'a fait savoir que c’est une incantation (ruqya)? Prenez-les et réservez-m'en une part. » (5)

Ibn 'Abbâs (qu'Allâh agrée) rapporta cette histoire et dit que le Messager d'Allâh ﷺ a dit à ce sujet : « Certes, ce pour quoi vous avez le plus de droit de prendre un salaire est le Livre d'Allâh. » (6)

**La description de l'incantation (ar-Ruqya) :**

Celui qui récite lit sur l'endroit de la douleur, ou sur ses deux mains pour essuyer avec, ou dans de l'eau ou autre. Il crache (nafatha) après la lecture sans émettre de salive. 'Â'isha (qu'Allâh agrée) a dit : « Le Prophète ﷺ souffla (nafatha) sur lui-même durant la maladie dont il mourut en récitant les sourates protectrices (al-mu'awwidhât) . Lorsque son état s'aggrava, je soufflais (‘anfuthu) sur lui en les récitant et je passais sa propre main sur lui pour sa bénédiction. » (7)

**La description de la conjuration (al-'Azîma) :**

La description de la conjuration (al-'azîma) fut mentionnée dans le hadith d'Ubayy ibn Ka'b (qu'Allâh agrée) qui a dit : « J'étais assis auprès du Prophète ﷺ lorsqu'un nomade vint à lui et dit : « Messager d'Allâh ! J'ai un frère qui souffre d'un mal. » Il demanda : « Et quel est son mal ? » Il répondit : « Il est atteint de folie (lamam). » Il dit : « Pars et amène-le-moi. ». Il l'amena donc et le plaça entre ses mains. Je l'entendis alors invoquer la protection pour lui par l'ouverture du Livre (Al-Fâtiha), quatre versets du début de sourate Al-Baqara, et deux versets de son milieu : (Votre Dieu est un Dieu unique.) (S : 2/V : 163), et le Verset d’al-Kursî, ainsi que trois versets de sa fin. Puis un verset d’Âl 'Imrân, je pense qu’il a dit : (Allâh témoigne que nulle divinité ne mérite l’adoration hormis Lui) (S : 3/V : 18), et un verset d'Al-A'râf : (Votre Seigneur est Allâh. Celui qui a créé) (S : 7/V : 54) et un verset de Al-Mu’minûn : (Or, quiconque invoque avec Allâh un autre dieu, sans en avoir la moindre preuve) (S : 23/V : 117), et un verset d’Al-Jinn : (Élevée soit la grandeur de notre Seigneur) (S : 72/V : 3), ainsi que dix versets du début de As-Sâffât, trois versets de la fin d'Al-Hashr : (Dis : « C’est Lui, Allâh, l’Unique ») (S : 112/V : 1), et Al-Mu’awwidhatayn . Le nomade se leva alors, guéri sans avoir aucun mal. (8)

La folie (al-lamam) désigne ce qui atteint l'homme et le touche comme djinns.

La description de la conjuration (al-'azîma), aujourd'hui chez nous, est la suivante : celui qui l’accomplit récite sur celui qu'il pense être atteint par un djinn sourate Al-Jinn le plus souvent. Il tient à la main une mèche dont il a brûlé le bout et avec laquelle il cautérise le nez de l'affligé, ou bien il l'enfume avec de l'encens. Il peut aussi lui écrire ce qui est consigné dans les livres de sorcellerie.

Tu vois le conjurateur réciter le Coran de sa langue, alors qu’il s’affaire à toucher la femme possédée avec ses membres et que son cœur brûle d’envie d’atteindre son désir auprès d’elle.

Certains individus – parmi ceux dont l’honneur a fait faillite – ont fait profession de l’incantation (ar-ruqya) et de la conjuration (al-‘azîma) en utilisant tout ce qui n’est pas légiféré, sur chaque possédé. Ils ont inventé de nombreuses pratiques et baissé les rideaux devant les femmes et les jeunes enfants . Ils se trouvent alors soit entièrement exclus de la religion, soit font partie des obstinés à commettre l’illicite avilissant. Ils trouvent une acceptation auprès des faibles d’esprit, ce qui embellit à leurs yeux leur état et les incite à persister dans cet égarement.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 66/V : 6) : (Vous qui avez eu la foi ! Préservez vos propres personnes et vos familles d’un Feu dont le combustible est les hommes et les pierres, gardé par des Anges brutaux et durs qui ne désobéissent pas à l’ordre d’Allâh et qui font ce qui leur est ordonné.)

**Références et notes :**

(1)[Rapporté par Abû Dâwud (3883) et par Ibn Mâja (3530), jugé sahîh par Al-Albânî dans As-Sahîha (331).]

(2)[Rapporté par Al-Bukhârî (5741) et par Muslim (2193).]

(3)[Rapporté par Muslim (2200).]

(4)[Rapporté par At-Tabarânî dans « Al-Majma' » (5/111), et ce qui a précédé en atteste.]

(5)[Rapporté par Al-Bukhârî (5736) et par Muslim (2201).]

(6)[Rapporté par Al-Bukhârî (5737).]

(7) [Rapporté par Al-Bukhârî (5735).].

(8)[Rapporté par Ibn Mâja (3549), mais n’est pas authentique. Voir : « Ithâf Al-Khîra » (4/462).]


Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.