13. L’Invocation (ad-Du'â')
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

13. L’Invocation (ad-Du'â')

Khemmar Tamime 23/03/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
**La signification de l'invocation (ad-Du'â') :**

On dit : j’ai invoqué Allâh, je L’invoque d’une invocation (du‘â’an) : je L’ai supplié par la demande et j’ai désiré ce qu’Il possède comme bien. Ce terme est valable pour la demande de protection (al-isti‘âdha), la demande d’aide (al-isti‘âna) et la demande de secours (al-istighâtha).

L’invocation implique l’existence de Celui qui est invoqué, Sa richesse, Son ouïe, Sa vue, Sa miséricorde et Sa puissance. Car on n’invoque ni le néant, ni le pauvre, ni le sourd, ni l’avare, ni le dur de cœur, ni l’impuissant.

At-Tîbî a dit :

« L’invocation est le fait de laisser apparaître l’extrême humilité, le besoin envers Allâh et la soumission devant Lui. Or, les adorations (‘ibâdât) n’ont été légiférées que pour la soumission devant le Créateur et le fait de laisser apparaître le besoin envers Lui. »

**L'invocation (ad-Du'â') ordinaire :**

Si tu demandes une chose à une créature capable ordinairement de l'accomplir, ton invocation n'est pas considérée comme une adoration, car cela ne relève pas de ce qui est exclusif à Allâh. De même si tu attribues une chose à un autre qu'Allâh, du fait qu’il s’agit d’une cause ordinaire.

Tu diras par exemple : j'ai cherché protection auprès du gouverneur contre l'oppresseur ; cela n'est pas de l'association.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 28/V : 15) : (Celui qui était de son peuple demanda son secours contre son ennemi.).

**L'invocation (ad-Du'â') religieuse :**

Si l'objet de la demande est une chose dont seule une force relative à l’Imperceptible (ghaybiyya) en est capable et qui dépasse les causes ordinaires, alors la demande est une adoration propre à Allâh — élevé soit-Il. La demande adressée à un autre que Lui est alors une association (shirk).

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 17/V : 110) : (Dis : « Invoquez Allâh ou invoquez Le Miséricordieux. N’importe quel Nom que vous invoquez, les meilleurs et les plus beaux Noms sont les Siens. »). Et Il dit (S : 8/V : 9) : (Évoquez lorsque vous invoquiez le secours de votre Seigneur). Et Il dit (S : 21/V : 112) : (Il dit : « Mon Seigneur ! Tranche par ce qui est juste ! Que notre Seigneur, Le Miséricordieux, soit Celui à qui l’on demande l’aide contre ce que vous décrivez. »)

**Des hadiths ont été rapportés incitant à l'invocation (ad-Du'â'), parmi lesquels :**

Abû Hurayra (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Il n'est rien de plus noble auprès d'Allâh que l'invocation. » (1)

Il rapporta également (qu'Allâh agrée) que le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui ne demande pas à Allâh, Il Se met en colère contre lui. » (2)

Anas (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « L'invocation est la moelle de l'adoration. » (3)

An-Nu'mân ibn Bashîr (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « L'invocation est l'adoration même. » Puis il récita : (Votre Seigneur a dit : « Invoquez-Moi, Je vous exaucerai. Ceux qui s’enflent d’orgueil devant Mon adoration entreront en Enfer, avilis. »). (S : 40/V : 60) (4)

Puisque l'invocation est une adoration, il est obligatoire qu'elle soit vouée uniquement à Allâh — élevé soit-Il —, et il faut prendre grand soin à ne pas tomber dans l'association (ash-shirk) lors de l’invocation ni de prendre une voie qui y mène (dharî’a).

C’est pour cette raison que l’invocateur ne doit invoquer que par ce qui a été rapporté dans les textes authentiques (al-ma’thûr).

Le juge 'Iyâdh a dit : « Allâh a permis Son invocation, l’a enseignée dans Son Livre à Ses créatures, et le Prophète ﷺ l’a enseignée à sa nation. Trois qualités se réunissent dans le Prophète ﷺ : la science de l’Unicité (at-tawhîd), la science de la langue, et le conseil sincère envers la nation. Il ne convient donc à personne de délaisser l’invocation du Prophète ﷺ.

Certes, le Diable a trompé des gens les éloignant de ce privilège, si bien que des groupes parmi les gens du mal ont inventé pour eux des invocations par lesquelles ils se détournent de l’imitation du Prophète ﷺ. Ils attribuent ces invocations — dans le meilleur des cas — aux Prophètes et aux vertueux, en disant : « l'invocation de Nûh », « l'invocation de Yûnus », « l'invocation d'Abû Bakr as-Siddîq » ! Craignez donc Allâh en vous-mêmes, et ne vous occupez que du hadith authentique (as-sahîh). »

**Les catégories de l'invocation (ad-Du'â') religieuse :**

L'état du serviteur dans l'invocation se divise en deux parties :

1. Qu'il invoque par lui-même.

2. Qu'un autre invoque pour lui.

L'invocateur invoque soit Allâh, soit autre qu'Allâh ; par le recours à un moyen (tawassul) ou sans recours à un moyen.

Les propos concernant le recours à un moyen (tawassul) viendront plus loin — si Allâh le veut.

**L'invocation (ad-Du'â') sans recours à un moyen (at-Tawassul) se divise en trois catégories :**

1. Ton invocation adressée à Allâh seul.

2. L’invocation d'autrui en ta faveur.

3. L'invocation d’autre qu’Allâh.

**La première catégorie :** Ton invocation adressée à Allâh seul sans recours à un moyen (tawassul) ; c'est là l'unicité pure et une adoration sincère, si l'invocateur ne transgresse pas dans son invocation. Tu trouveras dans les livres d'invocations et de rappels des règles de bonne conduite (‘âdâb), des conditions et des jugements relatifs à l'invocation.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 201) : (Et parmi eux, ceux qui disent : « Notre Seigneur ! Accorde-nous des bienfaits dans la vie d’ici-bas ainsi que dans la vie dernière et protège-nous du supplice de l’Enfer. »)

Et Il dit (S : 25/V : 74) : (et ceux qui disent : « Notre Seigneur ! Accorde-nous parmi nos épouses et notre descendance ceux dont la vue nous remplira de sérénité et de joie, et fais que nous soyons des guides pour ceux qui ont la crainte. »)

Et Il dit (S : 3/V : 38) : (À ce moment-là, Zacharie invoqua son Seigneur et dit : « Mon Seigneur ! Accorde-moi de Ta part une descendance bénie. C’est toi certes qui entend et exauce l’invocation. »)

Ibn Mas'ûd (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Allâh ! Je Te demande la guidance, la crainte, l'abstinence de tout interdit et la fierté de l'âme. » (5)

Mu'âdh ibn Jabal (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ lui a dit : « Allâh ! Aide-moi à T'évoquer, à être reconnaissant envers Toi et à accomplir parfaitement Ton adoration. » (6)

Abû Hurayra (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Allâh ! Réforme ma religion qui est la préservation de toutes mes affaires, réforme ma vie d'ici-bas où se déroule mon existence et réforme ma vie dernière où sera mon retour. Fais que la vie soit pour moi une multiplication de tout bien et fais que la mort soit pour moi un soulagement de tout mal. » (7)

**La seconde catégorie :** L'invocation d'autrui en ta faveur. Cela est permis s’il demande à Allâh pour toi, que tu lui aies demandé l’invocation ou pas.

Quant à l'invocation d’autrui en ta faveur sans demande préalable, Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 59/V : 10) : (Et à ceux qui sont venus après eux et qui disent : « Notre Seigneur ! Pardonne-nous ainsi qu’à nos frères qui nous ont devancés par la foi et ne fais pas en sorte qu’il y ait dans notre cœur la moindre rancune envers ceux qui ont eu la foi. Notre Seigneur ! Tu es certes plein de compassion, très miséricordieux. »)

Et Il dit (S : 47/V : 19) : (et demande le pardon pour tes péchés ainsi que pour les croyants et les croyantes.)

Et Allâh a rapporté d'Ibrâhîm ﷺ (S : 14/V : 41) : (Notre Seigneur ! Pardonne-moi, à mes deux parents et aux croyants le Jour de la résurrection où on rendra des comptes.)

Et Il a rapporté de Nûh ﷺ (S : 71/V : 28) : (Mon Seigneur ! Pardonne-moi, à mes deux parents et à celui qui est entré dans ma maison en étant croyant ainsi qu’aux croyants et aux croyantes).

Abud-Dardâ' (qu'Allâh agrée) rapporta qu’il a entendu le Messager d'Allâh ﷺ dire : « Nul serviteur musulman n'invoque pour son frère en son absence, sans que l'Ange ne dise : "Et pour toi la même chose." » (8)

Quant à l'invocation d’autrui à ta demande : les Compagnons demandaient l'invocation au Prophète ﷺ, et ils lui amenaient leurs enfants pour qu'il leur mette un morceau de datte dans la bouche (yuhanikuhum) et invoque pour eux. (9)

'Umar ibn Al-Khattâb (qu'Allâh agrée) rapporta qu’il demanda la permission au Messager d'Allâh ﷺ pour effectuer la 'Umra. Il lui donna la permission, et dit : « Ne nous oublie pas — mon frère ! — dans tes invocations ! » (10)

Cela contient une preuve que celui qui sollicite l'invocation peut être meilleur que celui qui est sollicité.
Al-Qarâfî a rapporté d'après Mâlik et un groupe de savants le caractère désapprouvé (al-karâha) de s’ériger en invocateur pour les gens, pour les imams des mosquées et d'autres. Ce caractère désapprouvé est justifié par la crainte de la corruption des cœurs, ainsi que l'apparition de l'orgueil et de la vanité. Il est connu que si cette crainte se réalise, ce comportement devient alors interdit.

Cela peut mener celui qui s’établi comme invocateur, ou d'autres, à l'association (ash-shirk) en croyant qu'il est un intermédiaire entre les créatures et Le Vrai (Al-Haqq) dans l'accomplissement des besoins, l'obtention des bienfaits, le gain d'un litige ou l'obtention d'un poste au sein d'un gouvernement.

On a certes trouvé à notre époque des gens de la voie soufi (turukiyyûn) et des marabouts (murâbitîn) qui se dressent comme invocateurs et déclarent être des intermédiaires entre Allâh et Sa création pour apporter ce qui est aimé et repousser ce qui est craint.

Nous avons vu, parmi les ignorants, qui croient en ces gens qui abusent de la religion, ceux qui dépensent au-delà de leurs capacités afin d'obtenir leur satisfaction, et gagner une invocation de leur part. Ils leur achètent ce qui leur est attribué comme bougies et encens à des prix exorbitants afin que ces objets achetés fassent office d’invocations de ceux-là.

Il y a certes dans le fait de s’ériger en invocateur pour les gens et rechercher cela un moyen menant à l'association. Qu’Allâh nous en protège.

**La troisième catégorie :** Invoquer un autre qu'Allâh, ce qui est une association explicite et une mécréance grave. Il en existe deux types :

**1 – Invoquer un autre qu'Allâh avec Allâh :** comme celui qui dit : « Mon Seigneur et mon shaykh ! », « Mon Seigneur et mon grand-père ! », « Allâh ! Sîdî 'Abdulqâdir ! ». Qualifier ce genre d'actes d'association (shirk) est une chose évidente. En effet, l'invocateur a coordonné par adjonction un autre qu'Allâh à Allâh par le biais du « wâw », qu'il soit exprimé ou sous-entendu. Or, cela implique une association dans l'invocation.

**2 – Invoquer un autre qu'Allâh en dehors d'Allâh :** comme celui qui dit : « Hommes de la dâllah ! », « Assemblée des vertueux (Dîwân as-sâlihîn) ! ». L’appellation d’association (shirk) appliquée à ce type est due au fait que l’invocateur, bien qu’il se soit limité à la créature dans la formulation, n’a pas renié Allâh ni ne s’est désavoué de Lui dans sa conviction profonde. C’est donc comme si Allâh était sous-entendu dans ses propos.

Ce troisième type d'invocation, sous ses deux formes, était pratiqué par les Arabes durant leur période d’ignorance préislamique (Jâhiliyya). Le Livre précieux diversifia ses arguments alors afin de les en détourner. Parfois, en les orientant vers l’invocation d’Allâh. D'autres fois, en leur démontrant l'incapacité de ceux qui sont sollicités en dehors d'Allâh. Parfois encore, en leur rappelant ce qui est ancré dans leurs âmes comme unicité d'Allâh (Tawhîd), et qui transparaît sur leurs langues lors des situations critiques et du désespoir profond. Enfin, en les informant de leur futur antagonisme avec leurs alliés, qu'ils invoquent aujourd'hui, lors de la Résurrection. Le Livre les interpella ainsi par ces quatre voies afin d'arracher les racines de l'association de leurs âmes.

**Parmi les versets traitant de la première voie :**

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 186) : (Si Mes serviteurs t’interrogent à propos de Moi ; Je suis proche et J’exauce l’invocation de celui qui M’invoque !)
Et Il dit (S : 7/V : 180) : (Allâh possède certes les meilleurs et les plus beaux Noms. Invoquez- Le donc par ceux-ci.)

Et Il dit (S : 35/V : 13) : (Il fait pénétrer la nuit dans le jour et fait pénétrer le jour dans la nuit, et Il a asservi le Soleil et la Lune, chacun voguant rapidement jusqu’à un terme fixé. Celui-ci est votre Seigneur, à qui appartient la royauté. Ceux que vous invoquez en dehors de Lui, quant à eux, ne possèdent même pas la pellicule d’un noyau de datte. (13) Si vous les invoquez, ils n’entendront pas votre invocation, et même s’ils entendaient, ils ne répondraient pas à votre appel. Et le Jour de la Résurrection, ils mécroiront en votre association. Or, personne ne t’informera mieux qu’un connaisseur. (14))

**Parmi les versets traitant de la deuxième voie :**

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 10/V : 106 et107) : (Et n’invoque jamais, en dehors d’Allâh, ce qui ne pourra ni t’être utile ni te nuire. Car si tu fais cela, tu seras alors du nombre des injustes. » (106) Si Allâh fait qu’un malheur t’atteint, personne ne pourra le découvrir hormis Lui et s’Il veut t’accorder un bien, personne ne pourra arrêter Sa faveur. Il l’accorde à celui qu’Il veut parmi Ses Serviteurs. Il est Celui qui couvre et pardonne immensément, Celui qui fait miséricorde. (107))

Et Il dit (S : 16/V : 20 et 21) : (Et ceux qu’ils invoquent en dehors d’Allâh ne créent rien du tout et sont eux-mêmes créés, (20) morts et non vivants, et ils ne savent pas quand ils seront ressuscités. (21))

Et Il dit (S : 17/V : 56) : (Dis : « Invoquez ceux que vous prétendez être des divinités en dehors de Lui. Ils ne pourront ni découvrir le mal qui vous atteint ni le transférer à d’autres. »)

Et Il dit (S : 22/V : 73 et 74) : (Humains ! Une parabole est proposée. Écoutez-la donc ! Ceux que vous adorez en dehors d’Allâh ne pourraient pas créer une mouche, même s’ils se réunissaient tous pour le faire. Et si les mouches leur subtilisaient quelque chose, ils ne pourraient jamais le leur reprendre. Faibles sont les deux : celui qui poursuit et celui qui est poursuivi. (73) Ils n’ont nullement accordé à Allâh Sa vraie valeur. Certes, Allâh est fort, très puissant. (74))

**Parmi les versets traitant de la troisième voie :**

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 6/V : 40 et 41) : (Dis : « Dites-moi ! Si le châtiment d’Allâh venait à vous ou que l’Heure vous surprenait, invoqueriez-vous autre qu’Allâh, si vous dites vrai ? » (40) Au contraire, c’est uniquement Lui que vous invoqueriez. Il dissipera alors ce contre quoi vous L’invoquiez, s’Il le veut, et vous oublierez ce que vous associiez. (41))

Et Il dit (S : 10/V : 22) : (C’est Lui qui vous fait déplacer sur terre et sur mer. Puis, lorsque vous voyagez dans des bateaux qui s’élancent, poussés par un vent favorable, et dont les passagers sont joyeux, un terrible vent survint, les vagues les entourèrent de toute part et, certains de périr, ils invoquèrent Allâh, Lui vouant exclusivement le culte : « Si Tu nous sauves de celle-ci, nous serons assurément du nombre des reconnaissants. »)

Et Il dit (S : 17/V : 67) : (Et lorsque la détresse vous afflige en mer, tous ceux que vous invoquiez disparaîtront, sauf Lui.)

Et Il dit (S : 29/V : 65) : (Lorsqu’ils embarquent dans les bateaux, ils invoquent Allâh en Lui purifiant le culte, mais lorsqu’Il les sauve en les ramenant à la terre ferme, voilà qu’ils associent.)

**Parmi les versets traitant de la quatrième voie :**

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 166) : (Lorsque les chefs des mécréants désavoueront ceux qui les suivaient, verront le supplice et que les relations entre eux seront rompues.)

Et Il dit (S : 29/V : 25) : (Et il dit : « Vous n’adorez, en dehors d’Allâh, que de fausses divinités, vous aimant mutuellement pour cela, dans la vie d’ici-bas, puis, le Jour de la résurrection, les uns d’entre vous désavoueront les autres et les uns d’entre vous maudiront les autres. Votre seule demeure sera l’Enfer et vous n’aurez point de secoureurs. »)

Et Il dit (S : 43/V : 67) : (Les confidents, ce Jour-là, seront ennemis les uns des autres, à l’exception de ceux qui ont eu la crainte.)

Ibn 'Abbâs — qu'Allâh agrée — rapporta : « J'étais un jour sur la monture derrière le Prophète ﷺ, il dit alors : "Jeune homme ! Je vais t'enseigner quelques paroles : Préserve Allâh, Il te préservera. Préserve Allâh, tu Le trouveras devant toi. Lorsque tu demandes, demande à Allâh. Lorsque tu recherches l'aide, recherche l'aide d'Allâh. Et sache que si la nation entière se réunissait pour te faire profiter d'une chose, elle ne te ferait profiter que d'une chose qu'Allâh a déjà écrite pour toi. Et si elle se réunissait pour te nuire par une chose, elle ne te nuirait que par une chose qu'Allâh a déjà écrite contre toi. Les plumes ont été levées et les pages ont séché." » (11)

Médite sur l’affirmation du Prophète ﷺ de l’impuissance de l'ensemble de la nation concernant l'apport d'un bien ou d'un mal, sans en exclure ni Ange rapproché, ni Prophète envoyé, ni allié pieux, ni arbre antique, ni rocher imposant.

C'est pourtant ce à quoi appellent les versets précédents et d'autres. Malgré cela, l'invocation d'un autre qu'Allâh s'est propagée chez les musulmans au point que les ignorants en sont venus à la préférer à l'invocation d'Allâh seul.

**L'anecdote de 'Ashûr :**

J'ai entendu de mes propres oreilles le Shaykh 'Ashûr Al-Khanqî Al-Biskrî — surnommé « Kulayb Al-Hâmil » — raconter qu'un shaykh parmi les shuyûkh des voies soufies se trouvait avec ses disciples sur un navire.
La mer s'agita alors, les vagues s'élevèrent et ils implorèrent tous Allâh afin d'obtenir la délivrance et le salut. Le shaykh, quant à lui, était seul dans une cabine en train d'invoquer.

Voyant que l'épreuve ne se dissipait pas et que, contrairement à son habitude, l'exaucement tardait à venir, il lui vint à l'esprit que cela ne pouvait provenir que de ses disciples, non pas d’un défaut le concernant qui justifierai ce détournement face à ses invocations.

Il sortit alors vers ses disciples, furieux, en disant : « Qu'avez-vous fait dans cette détresse ? »

Ils répondirent : « Nous avons invoqué Allâh en Lui vouant un culte exclusif par la langue des personnes dans la nécessité ! », faisant allusion à la Parole d’Allâh — élevé soit-Il — (S : 27/V : 62) : (Ou bien Celui qui répond à celui qui est dans la détresse, lorsqu’il L’invoque, qui dissipe le mal).

Il leur reprocha alors d'avoir eu recours à Allâh directement et les réprimanda. Il leur fit savoir que c'était précisément cela qui faisait obstacle à l'exaucement de son invocation, les mit en garde contre les conséquences de leur persistance à se diriger vers leur Seigneur — qui ne seraient autres que la noyade — et leur apprit que leur devoir était de se diriger vers lui et de le solliciter ; puis, lui seul se dirigerait vers Allâh.
Ils se repentirent alors de l'invocation des unificateurs (Muwahhidîn) et se conformèrent à l'enseignement du shaykh opposé à l'enseignement du Seigneur des mondes.

Le shaykh retourna dans sa cabine pour invoquer en tant qu’intermédiaire entre Allâh et ses disciples. L'affliction se dissipa alors, le navire fut sauvé, et le shaykh se félicita de sa confiance en lui-même, de sa compréhension du secret de la lenteur de l'exaucement de son invocation, de son enseignement à ses disciples du secret du salut et de les avoir dirigés vers la confiance en lui tout en les détournant de la confiance en Allâh.

Cette anecdote de 'Ashûr indique que celui qui adhère à cette croyance est dans un égarement plus grave que des associateurs (mushrikîn) Arabes, qui, eux, vouaient un culte exclusif à Allâh lors des difficultés et de l'agitation des vagues.

**Références et notes :**

(1)[Rapporté par At-Tirmidhî (3370), jugé sahîh.]

(2)[Rapporté par At-Tirmidhî (3373), jugé sahîh.]

(3)[Rapporté par At-Tirmidhî (3371), jugé dha'îf.]

(4)[Rapporté par At-Tirmidhî (2969), Abû Dâwud (1479) et Ibn Mâja (3828) ; jugé sahîh.]

(5)[Rapporté par Muslim (2721).]

(6)[Rapporté par Abû Dâwud (1522) et An-Nasâ'î (1303), jugé sahîh par Al-Albânî dans « Sahîh Abî Dâwud » (1362).]

(7)[Rapporté par Muslim (2720).]

(8)[Rapporté par Muslim (2732).]

(9)[Rapporté par Al-Bukhârî (3909) et Muslim (2146).]

(10)[Rapporté par Abû Dâwud (1498), At-Tirmidhî (3562) et Ibn Mâja (2894), et jugé dha'îf par Al-Albânî dans « Dha'îf Abî Dâwud » (264).]

(11)[Rapporté par At-Tirmidhî (2516), et jugé sahîh par Al-Albânî dans « Al-Mishkât » (5302).]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.