14. Le Moyen d’être exaucé (al-Wasîla)
Association dans l'adoration (Ash-Shirk)

14. Le Moyen d’être exaucé (al-Wasîla)

Khemmar Tamime 28/03/2026 Association dans l'adoration (Ash-Shirk)
La signification d’al-Wasîla :

(Al-wasîla) est (al-qurba) l’œuvre qui rapproche. Son origine vient de ta parole : j'ai sollicité (sa'altu), je sollicite (as'alu), c'est-à-dire : j'ai demandé. Tu dis : (tawasaltu) je me suis rapproché de lui par ce moyen, en faisant de cela un chemin pour obtenir ce que tu désires de lui.

(Adh-dharî'a) désigne la voie qui mène vers une chose ; c'est pour cela que l'on dit : j'ai fait que tel acte soit une voie (dharî'a) vers telle chose, faisant ainsi que (adh-dhari’) soit la voie elle-même, contrairement à (al-wasîla) qui est le moyen d’être exaucé.

**Ce qui fut rapporté au sujet du moyen d’être exaucé (al-Wasîla) :**

Al-wasîla comprend trois éléments : l’œuvre qui rapproche (al-qurba), le désir (ar-raghba) et le recours au moyen (at-tawassul).

Sa définition est donc la suivante : « Une œuvre qui rapproche permettant d’atteindre une chose désirée. » C'est sur cela que se fonde le sens législatif (shâr’î).

1- L’œuvre qui rapproche (al-qurba) : Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 5/V : 35) : (Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause afin que vous réussissiez.)

Quatre explications ont été rapportées des Compagnons et des Successeurs au sujet de d’al-wasîla :

• « C’est l’œuvre qui rapproche (al-qurba) », rapporté de Hudhayfa (qu'Allâh agrée) et d'autres.

• « C’est l'obéissance à Allâh et l'œuvre par ce qui Le satisfait », rapporté de Qatâda (qu'Allâh lui fasse miséricorde).

• « C’est la foi », rapporté d’Abû Wâ'il (qu'Allâh agrée).

• « C’est le besoin (al-hâja) », rapporté d’Ibn 'Abbâs (qu'Allâh agrée).

Ces expressions convergent vers un sens unique : l’œuvre qui rapproche et l’obéissance. En effet :

L'obéissance à Allâh et l'accomplissement de ce qui Le satisfait sont une œuvre qui rapproche.

La foi, selon les Prédécesseurs (As-Salaf), consiste en une croyance, une parole et une œuvre ; elle revient donc à l’obéissance.

Quant au besoin, il signifie la nécessité et l’attente, si l’on se sent pauvre devant Allâh et dans le grand besoin de Ses grâces, ceci fait partie de la foi qui engendre l’obéissance. Al-wasîla se résume donc à être une œuvre qui rapproche et une obéissance. Ibn Kathîr a rapporté l'accord des exégètes sur ce sens.

2. Le désir (ar-raghba) : Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 17/V : 57) : (Ceux qu’ils invoquent recherchent le moyen qui les fait rapprocher le plus de leur Seigneur et se concurrencent)

Al-Baghawî a expliqué al-wasîla par l’œuvre qui rapproche (al-qurba) et par le degré le plus élevé. Il n'y a pas de contradiction entre les deux termes, car le degré le plus élevé est le fruit de l'obéissance et de l’œuvre qui rapproche.

3. Le recours au moyen (at-tawassul) : Jâbir ibn 'Abdillâh (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ dit : « Quiconque dit lorsqu'il entend l'appel à la prière : "Allâh ! Seigneur de cet appel parfait et de la prière qui va être accomplie, accorde à Muhammad al-Wasîla et al-Fadhîla , et ressuscite-le dans le rang digne d'éloge que Tu lui as promis", l'intercession lui sera accordée le Jour de la Résurrection. » (1)

Les hadiths ont expliqué qu’al-wasîla est le plus haut degré au Paradis. C'est là le sens de la proximité (al-qurb), car 'Abdullâh ibn 'Amr ibn al-'Âs (qu'Allâh agrée) rapporta qu'il a entendu le Prophète ﷺ dire : « Lorsque vous entendez le muezzin, répétez ce qu'il dit, puis récitez la salât sur moi, car quiconque récite la salât sur moi une fois, Allâh invoquera l'éloge sur lui dix fois. Puis demandez à Allâh pour moi Al-Wasîla, car c'est un rang au Paradis qui ne sera mérité que par un seul serviteur parmi les serviteurs d'Allâh, et j'espère être celui-là. Quiconque demande pour moi Al-Wasîla, l'intercession lui sera accordée. » (2)

Si tu médites sur les sens d'al-wasîla dans les deux versets et les hadiths, tu constateras qu'ils sont proches les uns des autres et qu'ils s'impliquent mutuellement. Son origine est l’œuvre qui rapproche (al-qurba) et l'obéissance, lesquelles engendrent la proximité (al-qurb) d'Allâh — élevé soit-Il — dans Sa demeure de noblesse.

Et si l'on s'appuie sur le sens linguistique pour définir le sens législatif (shar’î), son sens dans la législation (ash-shar’) est le suivant : « Une œuvre qui rapproche légiférée (shar’î) permettant d'atteindre une chose désirée ».

Le recours au moyen (at-tawassul) est : le fait de rechercher à se rapprocher d'Allâh par une œuvre qui rapproche (qurba) ; et le recours à un moyen (tawassul) de l'invocateur est : sa demande fondée sur cette œuvre qui rapproche (qurba). Or, il n'y a pas dans la législation (ash-shar’) quelqu’un à qui l’on adresse les demandes et les invocations hormis Allâh seul, et il n'y a pas d’œuvre qui rapproche (qurba) hormis ce qu'Allâh a légiféré dans le Livre et la Sunna.

**Les types de recours au moyen (at-tawassul) :**

**Il y a six types de recours au moyen (at-tawassul) :**

Le premier type : Le recours au moyen (at-tawassul) par les attributs d'Allâh : cela est légiféré (mashrû’) conformément à Sa parole — élevé soit-Il — (S : 7/V : 180) : (Allâh possède certes les meilleurs et les plus beaux Noms. Invoquez- Le donc par ceux-ci.)

En voici des exemples :

1. Ce qui fut rapporté d'Anas (qu'Allâh agrée) qui a ﷺ entendu un homme invoquer ainsi : "Allâh ! Je Te demande par le fait que la louange T'appartient, nulle divinité ne mérite l'adoration hormis Toi, Al-Mannân (Le Bienfaiteur), Badî' (Le Créateur premier sans exemple antérieur) des Cieux et de la Terre, Dhul-Jalâli wal-Ikrâm (Celui qui est digne d'être vénéré et d'être honoré) ! Yâ Hayy (Vivant) ! Yâ Qayyûm (Celui qui subsiste par Lui-même et fait subsister) !" Il dit alors : "Il a certes demandé à Allâh par Son Nom suprême (Al-A’zham)." » (3)

2. Ce qui fut rapporté de 'Â'isha (qu'Allâh agrée) au sujet du Prophète ﷺ qui a dit : « Allâh ! Seigneur de Jibrâ'îl, de Mîkâ'îl et de Isrâfîl ». (4) L'annexion du terme « Seigneur » à ces créatures grandioses témoigne de l'immensité de Sa puissance et de la perfection de Sa sagesse.

Le deuxième type : Le recours au moyen (at-tawassul) par la foi juste et véridique. : cela est légiféré (mashrû’) en raison de ce qu'il contient comme renforcement de l'Unicité (at-tawhîd). En voici des exemples :

1. Ce qu'Allâh rapporta au sujet des doués d'intelligence : (Notre Seigneur ! Nous avons entendu quelqu’un qui appelle à la foi en disant : « Ayez la foi en votre Seigneur. » Nous avons alors eu la foi. Notre Seigneur ! Pardonne et couvre nos péchés, absous nos fautes et récupère-nous en étant du nombre des gens de l’obéissance.) (S : 3/V : 193).

2. Ce qui fut rapporté de Burayda (qu'Allâh agrée) qui dit que le Prophète ﷺ entendit un homme invoquer en disant : "Allâh ! Je Te demande par le fait que j'atteste que Tu es Allâh, nulle divinité ne mérite l'adoration hormis Toi, Al-Ahad (L'Unique), As-Samad (Celui vers qui on se dirige pour tout besoin), Celui qui n'a pas engendré, qui n'a pas été engendré et qui n'a aucun égal." Il dit : "Par Celui qui détient mon âme dans Sa main ! Il a certes demandé à Allâh par Son Nom suprême, par lequel lorsqu'on L'invoque, Il exauce, et lorsqu'on Lui demande, Il donne." » (5)

Le troisième type : Le recours au moyen (at-tawassul) de l'invocateur par son obéissance et ses bonnes œuvres. Cela est légiféré (mashrû’) en raison de ce qu'il contient comme augmentation de l'humilité appropriée à la situation. En voici des exemples :

1. Le hadith du rocher rapporté par Ibn 'Umar (qu'Allâh agrée) relatant que le Prophète ﷺ a dit : « Trois hommes parmi ceux qui vous ont précédés partirent en voyage, jusqu’à ce qu’ils trouvent refuge, pour la nuit, dans une grotte dans laquelle ils entrèrent. Un rocher se détacha de la montagne et boucha l’entrée de la grotte, les enfermant à l’intérieur. Ils dirent alors : "Rien ne vous sauvera de ce rocher si ce n’est que vous invoquiez Allâh par vos meilleures œuvres." Puis il cita le recours au moyen (at-tawassul) de chacun d’eux par ses bonnes œuvres, et dit : « Allâh ! Si j’ai fait cela en recherchant Ton Visage, délivre-nous de notre situation actuelle." » (6)

2. Le fait d’avancer la salât sur le Prophète ﷺ devant l'invocation ; comme il fut rapporté que le Prophète ﷺ vit un homme accomplir la salât et invoquer sans louer son Seigneur ni réciter la salât sur Son Prophète. Il dit alors : "Celui-ci s’est montré pressé." Puis il l’appela et dit : "Lorsque l’un de vous accomplit la salât, qu’il commence par la louange d’Allâh et faire Son éloge, puis qu’il récite la salât sur le Prophète ﷺ, ensuite qu’il invoque comme il le souhaite." » (7)

Le quatrième type : le recours au moyen (at-tawassul) par l'invocation d'autrui : cela revêt deux formes :
La première : Que tu te contentes de l'invocation de celui à qui tu as demandé l'invocation sans invoquer toi-même, et cela est autorisé tant que cela ne devient pas une voie menant à l'interdit, comme le fait de solliciter le mort ou l'absent.

La seconde : Que tu sollicites l'invocation du vivant présent afin qu'il invoque pour toi, et que tu te diriges vers Allâh L’invoquant en employant l’invocation de ce dernier comme moyen d’être exaucé (wasîla). Cela est légiféré en raison du hadith de l'aveugle ; en effet, un homme aveugle vint trouver le Prophète ﷺ pour lui demander d'invoquer Allâh afin de lui rendre la vue. Le Prophète ﷺ lui demanda de choisir entre la patience et l'invocation pour lui, amis il persista sur le choix de l’invocation du Messager ﷺ. Le Prophète ﷺ lui ordonna alors d'effectuer ses ablutions et de prier deux rak'ât, puis d'invoquer par ces termes : « Allâh ! Je Te demande et je me dirige vers Toi par Ton Prophète Muhammad, le Prophète de la miséricorde. Muhammad ! Je me dirige par toi vers mon Seigneur pour mon besoin que voici, afin qu'il me soit exaucé. Allâh ! Fais-le intercéder en ma faveur. » (8)

L'expression « se diriger par le Prophète » signifie ici se diriger vers Allâh par son invocation. Ce qui prouve cela est le fait que l'aveugle a eu le choix entre l'invocation du Messager pour lui ou la patience, et son ordre à l’aveugle d'invoquer après son invocation. Cela est semblable à sa parole ﷺ à celui qui lui demanda sa compagnie au Paradis : « Aide-moi alors à t’y faire parvenir en multipliant les prosternations. » (9)

Il les conseilla donc tous deux d’accomplir les deux adorations (al-‘ibâdatayn) que sont l’invocation et la prière qui correspondent à ce qui est sollicité.

Le hadith de l'aveugle est comparable à la demande de pluie (istisqâ') faite par 'Umar par l'intermédiaire d'Al-'Abbâs, et sa parole : « Allâh ! Nous avions l’habitude de rechercher le moyen d’être exaucés (al-wasîla) par notre Prophète, et Tu nous accordais la pluie. Maintenant, nous recherchons le moyen d’être exaucés par l’oncle de notre Prophète : accorde-nous donc la pluie ! » (10) Il y a là la preuve du recours au moyen (at-tawassul) par le Prophète durant sa vie, et par les gens de mérite après sa mort. Le sens voulu est le recours au moyen (at-tawassul) de leur invocation lorsqu'ils sont présents avec nous dans notre monde. Quant à celui qui fait partie du monde de l’Imperceptible (ghayb), son état et sa situation ; nous ne savons pas s'il a invoqué pour nous. De plus, la législation (ash-shar') n'a pas rapporté qu'ils invoquent pour nous. Al-'Abbâs, quant à lui, était présent et l'invocation émanait de lui. Il dit : « Allâh ! Certes, aucune épreuve n'est descendue si ce n'est par un péché, et elle n'est dissipée que par un repentir. Et certes, le peuple s'est dirigé par moi vers Toi en raison de mon lien avec Ton Prophète. Voici donc nos mains dirigées vers Toi chargées de péchés, et nos visages tournés vers Toi par le repentir, abreuve-nous donc de pluie. »
Le cinquième type : le recours au moyen (at-tawassul) par une obéissance venant de l’invocateur et d’autres personnes. En voici des exemples :

1.Abû Umâma (qu'Allâh agrée) rapporta, dans le hadith remontant au Prophète (marfû') : « Je Te demande par la lumière de Ton Visage, qui a illuminé les cieux et la terre, par tout droit qui Te revient, et par le droit que ceux qui Te sollicitent ont sur Toi, de me pardonner en cette matinée et en cette soirée, et de me préserver de l’Enfer par Ton pouvoir. » (11)

2. Abû Sa'îd Al-Khudrî (qu'Allâh agrée) rapporta, dans le hadith remontant au Prophète (marfû'), que le Prophète ﷺ a appris à celui qui allait accomplir la prière de dire dans son invocation : « Allâh ! Je Te demande par le droit que ceux qui Te sollicitent ont sur Toi, et par le droit de mon cheminement que voici ; car je ne suis pas sorti par arrogance, ni par transgression, ni par ostentation (riyâ’), ni par recherche de renommée (sum‘a). Je suis sorti par crainte de Ta colère et par recherche de Ton agrément. Je Te demande de me sauver de l’Enfer et de me pardonner mes péchés, car nul ne pardonne les péchés si ce n’est Toi. » (12)

3. Jâbir (qu'Allâh agrée) rapporta, dans le hadith remontant au Prophète (marfû'), au sujet de l'invocation de l’appel de la prière (adhân) : « Allâh ! Je Te demande par le droit de cet appel parfait » (13)
Ces trois hadiths ont été critiqués.

Ibn Taymiyya a interprété le hadith d'Abû Sa'îd al-Khudrî – en supposant son authenticité – que le droit des demandeurs sur Allâh est l'exaucement, et le droit des adorateurs est la récompense. Lui demander par ce droit revient donc à Lui demander par Ses actes. C'est comme la demande de la protection de Sa préservation citée dans le hadith : « Allâh ! Je demande la protection de Ton approbation contre Ton irritation, de Ta préservation contre… » (14) Ce droit, Allâh — élevé soit-Il — Se l'est imposé à Lui-même par pure grâce et miséricorde, comme Il a dit (S : 6/V : 54) : (Allâh a prescrit que la miséricorde sera Sa qualité) ; et Il a dit (S : 30/V : 47) : (et ce fut un devoir pour Nous de faire triompher les croyants) ; et Il a dit (S : 21/V : 103): (Ainsi, il est de Notre devoir de sauver les croyants).

Selon l'interprétation d'Ibn Taymiyya, le recours au moyen (at-tawassul) par le droit des demandeurs appartient au premier type.

Ce qui me semble le plus juste est que le « droit » mentionné ici désigne la considération (jâh) et le rang. Comme si tu disais : « par la considération (jâh) d'untel ». Cependant, ceci n'est pas un recours au moyen (at-tawassul) par la personne elle-même, mais par la description de la demande de celui qui y recourt.

Demander à Allâh constitue en soi une adoration, ce qui fait de ce recours au moyen un tawassul par une adoration absolue qui n’est spécifique ni à l’invocateur ni au moyen de l’invocation. Ceci le distingue du troisième type, lequel est restreint à une adoration partielle, alors que celui-ci concerne une adoration absolue

Le sixième type : le recours au moyen (at-tawassul) par le droit de la créature et sa considération (al-jâh) : des récits (‘âthâr) ont été rapportés à ce sujet, s'ils étaient authentiques et ne pouvaient être interprétés autrement, ils indiqueraient la permission de ce type de tawassul pour toute personne vénérée légalement (shar'an), qu'elle soit morte, absente ou présente qui n’a pas invoqué pour celui qui a recours à ce tawassul. Parmi les plus célèbres récits répandus sur les langues :

1. Abû Bakr As-Siddîq (qu'Allâh agrée) rapporta qu’il dit au Prophète ﷺ : « J'apprends le Coran puis il m'échappe. » Il lui enseigna alors de dire : « Allâh ! Je Te demande par Muhammad Ton Prophète, par Abraham Ton ami, par Moïse Ton confident, par Jésus Ton esprit et Ta parole, par la Torah de Moïse, l'Évangile de Jésus, les Psaumes de David, le Discernement de Muhammad, et par toute révélation que Tu as révélée et tout décret que Tu as décrété » (15)

2. 'Umar ibn Al-Khattâb (qu'Allâh agrée) rapporta dans le hadith remontant au Prophète (marfû') : « Lorsque Adam commit la faute, il dit : "Seigneur ! Je Te demande par le droit de Muhammad de me pardonner." Allâh dit : "Comment as-tu connu Muhammad ?" Il répondit : "Lorsque Tu m'as créé de Ta main et insufflé en moi de Ton esprit, j'ai levé la tête et j'ai vu sur les piliers du Trône écrit : "Nulle divinité ne mérite l’adoration hormis Allâh, Muhammad est le Messager d'Allâh". J'ai alors su que Tu n'as joint à Ton Nom que la créature la plus aimée de Toi." Allâh dit : "Tu as dit vrai, Adam ! Et n'eût été Muhammad, Je ne t'aurais pas créé." » (16)

3. Anas (qu'Allâh agrée) rapporta au sujet du récit de la mort de Fâtima bint Assad que le Messager d'Allâh ﷺ est entré dans sa tombe, s'y est allongé, puis a dit : « Allâh est Celui qui fait vivre et qui fait mourir, et Il est Vivant et ne meurt pas. Allâh ! Pardonne à ma mère Fâtima bint Asad, dicte-lui son argumentaire, et élargis son entrée, par le droit de Ton Prophète et des Prophètes qui m'ont précédé ; car Tu es certes le plus Miséricordieux des miséricordieux. » (17)

4. Ibn 'Abbâs (qu'Allâh agrée) rapporta : « J'ai interrogé le Prophète ﷺ au sujet des paroles qu'Adam reçut de son Seigneur. Il dit : « Il demanda par le droit de Muhammad, de 'Alî, de Fâtima, d'Al-Hasan et d'Al-Husayn afin qu'Il accepte son repentir, et il fut accepté. » » (18)

5. Il fut rapporté : « Si vous avez un besoin auprès d'Allâh, alors demandez-Lui par ma considération (jâh) ; car ma considération auprès d'Allâh est immense. » (19)

6. Muhammad ibn Humayd Ar-Râzî rapporta que Mâlik et le Calife Al-Mansûr se réunirent. Al-Mansûr questionna Mâlik : « Dois-je faire face à la Qibla et invoquer, ou faire face au Messager d'Allâh ﷺ ? » Il répondit : « Pourquoi détournerais-tu ton visage de lui alors qu'il est ton moyen (wasîlatuka) et le moyen de ton père Adam vers Allâh le Jour de la Résurrection ? Au contraire, fais-lui face et demande son intercession, Allâh le fera intercéder en ta faveur. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 4/V : 64) : (Or, si ceux qui ont été injustes envers eux- mêmes étaient venus vers toi, avaient demandé le pardon d’Allâh et si le Messager avait demandé le pardon pour eux, ils auraient trouvé Allâh qui accepte continuellement le repentir, qui fait miséricorde.) » (20)

Les savants ont deux approches pour traiter ces récits (‘âthâr) : l'approche de la chaîne de transmission (as-sanad) et du récit (ar-riwâya), et l'approche du sens et de la compréhension (ad-dirâya) :
Quant à la transmission : ces récits n’ont pas été cités par ceux qui s'engagent à ne rapporter que l'authentique. Ils oscillent entre le faible (dha'îf) et l'inventé (mawdû'), et rien n'en est valide pour servir d'argumentation.

Quant à la compréhension : Dans la parole de celui qui dit : « Par le droit d’untel », le « par » (qui traduis le « bâ’- ب ») comporte deux probabilités :

La première : qu'il soit pour le serment. Ce qui n'est pas correct légalement (shar’an) pour deux raisons :

1. Le fait de jurer par une créature pour une autre créature est interdit légalement ; comment en serait-il pour le Créateur ?

2. Cela comporte la croyance que la créature a un droit sur le Créateur, ce qui est une croyance invalide, sauf pour le droit qu'Allâh S'est imposé à Lui-même par pure grâce, comme mentionné précédemment.
La seconde : Que le « par » concerne la cause (as-sabab). Dans ce cas, il faut soit considérer qu'un mot est sous-entendu (comme "l'amour de" ou "l'œuvre pieuse de"), soit ne rien sous-entendre. Cela donne trois cas de figure :

• Le premier cas : le recours au moyen (at-Tawassul) par la personne elle-même : prendre le terme selon son sens apparent, sans rien sous-entendre. C'est-à-dire : « A cause du fait qu’untel fait partie de Tes serviteurs, lesquels ont un droit sur Toi par Ta promesse véridique, exauce mon invocation ». Cela relève de la transgression dans l'invocation. Cela n'a été rapporté ni du Prophète ﷺ, ni des Compagnons, ni des Successeurs, ni d'aucun des Imams. On ne trouve cela que dans les amulettes rédigées par les ignorants et les gens des confréries (turukiyya).

• Le second cas : le recours au moyen (at-Tawassul) par une autre œuvre : Estimer un autre mot comme « l'œuvre pieuse ». Comme si l’on disait : « par le droit de l'œuvre pieuse d’untel, exauce mon invocation ». C'est une interprétation qui n'apporte au commun des gens qu'un égarement supplémentaire, car ce sens ne vient pas à leur esprit. Ensuite, le recours au moyen (at-tawassul) par l'œuvre d'autrui n'est acceptable ni rationnellement ni légalement (shar’iyan) ; et comment pourrait-on emprunter la piété d’autrui pour l'exaucement de ton invocation ? Or, la piété est une qualité de l'âme qui n'est pas susceptible d'emprunt, à l'instar de la beauté corporelle.

• Le troisième cas : le recours au moyen (at-Tawassul) par l'amour du bien-aimé : Estimer le mot « amour ». C'est comme s'il disait : « par le droit de mon amour pour untel ». Celui qui se caractérise par l'amour selon la voie légiférée (mashrû’) a certes eu recours au moyen (tawassul) par une obéissance légiférée, bien que les personnes s'en caractérisant soient peu nombreuses.

**Le recours au moyen par la considération (al-Jâh) chez le commun des gens :**

Celui qui observe les intentions du commun des gens dans leur recours au moyen (at-tawassul) par ces formules constatera qu'ils visent l'intercession d’untel auprès d'Allâh pour l'accomplissement de leur besoin, par conviction que cette personne a une influence dans l'obtention de ce qui est demandé, soit par une action qu'Allâh — élevé soit-Il — accomplirait en leur faveur, soit par sa propre action, ce qu'ils considèrent comme un honneur pour cette personne. Or, ces deux cas relèvent de la fausseté (al-bâtil) et de l'association (ash-shirk), car l'Unicité implique qu'il n'y a pas d'agent agissant (fâ’il) avec Allâh et que nul n’a d’influence sur la volonté d'Allâh.

Quant à celui qui est préservé de cette intention, son cas oscille entre l'interdiction et la permission. Car les savants ont divergé sur le jugement du recours au moyen (at-tawassul) par la considération (al-jâh) entre ceux qui l'interdisent, ceux qui l'autorisent et ceux qui détaillent :

• Celui qui a autorisé cela de manière absolue a assimilé par analogie l'absence d'invocation de la part de celui par lequel on cherche l'exaucement à la présence d'une invocation de sa part, Puis il a étendu cette analogie aux autres prophètes et aux pieux, les assimilant au Prophète ﷺ.

• Quant à celui qui l'a interdite de manière absolue, il s'en est tenu au texte (an-nass) sans recourir à l'analogie.

• Celui qui a nuancé sa position a accepté l'analogie concernant le Prophète ﷺ (entre sa présence invoquant et son absence), tout en refusant d'étendre cette analogie à d'autres que lui ﷺ.

**L'interdiction absolue est la position la plus prudente, et elle se renforce par plusieurs arguments :**

Premièrement : L'invocation est une adoration, et elle ne doit pas être fondée sur l'avis et l'analogie (qiyâs).
Deuxièmement : Le fait que 'Umar (qu'Allâh agrée) se soit détourné du recours au moyen (at-tawassul) par le Prophète ﷺ pour recourir à l'invocation d'Al-'Abbâs alors que les Compagnons étaient présents en grand nombre et qu'aucun d'eux n'a émis de désapprobation, ni en sa présence ni en son absence.

Troisièmement : L'absence de transmission de la part les Prédécesseurs (As-Salaf) concernant le recours par la personne elle-même, hormis des traces qui ne sont pas authentiques, malgré l'abondance de ce qui a été rapporté d'eux comme invocations légiférées (mashrû’a).

Quatrièmement : L'absence de rapport entre l'exaucement de l'invocateur et la personne d’autrui.

**Le jugement du recours au moyen (at-Tawassul) par la considération (al-Jâh) :**

Notre position est la suivante : ce type de recours au moyen (at-tawassul), même s'il ne constitue pas en soi une association, demeure une voie (dharî'a) qui y mène. Ce tawassul peut être permis à celui qui possède une connaissance solide de l'Unicité et de ce qui s'y oppose, sans que l'on craigne pour lui qu'il tombe dans l'association. Quant à l'ignorant, susceptible de sombrer dans l'association, il doit en être mis en garde afin qu'il ne croie pas qu'une personne possède un droit sur Allâh dans l'apport du profit ou l'éloignement du mal, et que les pieux sont auprès d'Allâh comme les ministres auprès des rois, lesquels contraignent ces rois à faire ce qu'ils ne veulent pas ; et ceci est une association manifeste.

Or, la distinction entre le savant et l'ignorant dans les jugements relevant de la précaution est bien établie dans la législation (ash-sharî’a). En effet, le Prophète ﷺ a entendu un orateur dire : « Quiconque obéit à Allâh et à Son Messager est certes sur la droiture, et quiconque leur désobéit a certes dévié », il lui dit alors : « Quel mauvais orateur tu es ! Dis plutôt : « et quiconque désobéit à Allâh et à Son Messager » » (21)
Le Prophète ﷺ a désapprouvé le fait que l'orateur regroupe Allâh et Son Messager dans un seul pronom, chose que le Prophète ﷺ a lui-même faite. Or, le Prophète ﷺ ne faisait quelque chose qu'il avait interdit aux autres que lorsque cela relevait de ses spécificités propres. Il désapprouva l'orateur de crainte que celui-ci ou certains auditeurs n'imaginent une égalité entre Allâh et Son Messager. Le Prophète ﷺ, quant à lui, était celui qui connaissait le mieux son Seigneur, sa propre personne et la condition des auditeurs. (22)


L'excès du commun des gens dans le recours au moyen (at-Tawassul) par la considération (al-Jâh) :
L'ignorance a pris le dessus en matière de religion, la confiance envers le Seigneur des mondes s'est affaiblie, et les gens se sont tournés vers ceux qu'ils ont nommés alliés vertueux (‘awliyâ’ sâlihîn). Ils les ont employés comme moyens (wasîla) pour réaliser leurs requêtes, sombrant ainsi dans l'excès et l'attachement excessif à cette pratique, et ont rejeté quiconque tentait de leur enseigner la forme légiférée (shar'î) du tawassul.

**Références et notes :**

(1)[Rapporté par Al-Bukhârî (614).]

(2)[Rapporté par Muslim (384).]

(3)[Rapporté par Abû Dâwud (1495), At-Tirmidhî (3544), An-Nasâ'î (1300) et Ibn Mâja (3858) ; jugé sahîh par Al-Albânî dans « As-Sahîha » (3411).]

(4)[Rapporté par Muslim (770).]

(5)[Rapporté par Abû Dâwud (1493), At-Tirmidhî (3475), An-Nasâ'î dans « Al-Kubrâ » (11652) et Ibn Mâja (3857), jugé sahîh par Al-Albânî dans « Asl Sifat as-Salât » (1016/3).]

(6)[Rapporté par Al-Bukhârî (2272) et par Muslim (100).]

(7)[Rapporté par Abû Dâwud (1481) et par At-Tirmidhî (3477) ; jugé sahîh par Al-Albânî dans « Asl Sifat as-Salât » (3/990).]

(8)[Rapporté par At-Tirmidhî (3578), par An-Nasâ'î dans « Al-Kubrâ » (10420) et par Ibn Mâja (1385) ; jugé sahîh par Al-Albânî dans « Al-Mishkât » (2495).]

(9)[Rapporté par Muslim (489).]

(10)[Rapporté par Al-Bukhârî (1010).]

(11)[Rapporté par At-Tabarânî dans « Al-Kabîr » (8027), jugé dha'îf par Al-Albânî dans « At-Tawassul » (99).]

(12)[Rapporté par Ahmad (11156) et Ibn Mâja (778) ; jugé dha'îf par Al-Albânî dans « Adh-Dha’îfa » (24).]

(13)[Rapporté par Al-Bayhaqî dans « Ad-Da'awât al-Kabîr » (49) ; dans sa fin : « Tu ne manques certes jamais à Ta promesse. » qui est un ajout anomal (ziyâda shâdha) comme précisé dans « Sahîh Abî Dâwud » (3/27), et l'origine du hadith est dans Al-Bukhârî (614).]

(14)[Rapporté par Muslim (486).]

(15)[Mentionné par Ibn Al-Athîr dans « Jâmi' al-Usûl » (4/302), et c'est un texte inventé (mawdû') comme dans « Adh-Dha’îfa » (5987).]

(16)[Rapporté par Al-Hâkim (4228), voir « Adh-Dha’îfa » (25).]

(17)[Rapporté par At-Tabarânî dans « Al-Kabîr » (871) et Al-Hâkim (4574). Voir « Adh-Dha’îfa » (23).]

(18)[Rapporté par Ibn Al-Jawzî dans « Al-Mawdhû'ât » (2/3), et Ibn 'Irâq l'a jugé faible dans « Tanzîh ash-Sharî'a » (1/395).]

(19)[Hadith sans aucun fondement (lâ asla lahu). Voir « Adh-Dha’îfa » (22).]

(20)[« Ash-Shifâ' » (2/44) et « Ithâf az-Zâ'ir » (46), mais Ibn Taymiyya l'a jugé faible dans « At-Tawassul » (131).]

(21)[Rapporté par Muslim (870).]

(22)[La distinction entre le savant et l'ignorant ne suffit pas ici, car le savant, même avec une intention saine, peut être imité dans son acte par des gens qui ne partagent pas son intention. C'est pour cela que le Prophète ﷺ a dit : «Que les gens n'aillent pas raconter que Muhammad tue ses Compagnons ! » (Rapporté par Al-Bukhârî (3518) et Muslim (2584)). Quant à sa parole ﷺ : « Quel mauvais orateur tu es ! », laquelle constitue l'argument invoqué par l'auteur, elle est au contraire une preuve en sa défaveur, car le Prophète ﷺ n’a pas fait de distinction entre le savant et l'ignorant, ce qui en fait donc une interdiction générale.]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.