(Ash-shaf‘) désigne le pair, par opposition à l’impair (al-watr). On dit par exemple : « J’ai rendu paire la rak‘a », c’est-à-dire que je l’ai faite double. (Shafa‘tu fi-l-amr) J’ai intercédé dans une affaire, que ce soit (shaf‘an) ou bien (shafâ‘atan) par une intercession. (Shafa‘tu lahu ilâ fulân) J’ai intercédé pour lui auprès de quelqu’un, (fa shaffa‘anî fîh) il a accepté mon intercession. (Istashfa‘anî) ou bien (istashfa‘a bî) il a demandé mon intercession auprès de quelqu’un.
L’intercession (ash-shafâ‘a) désigne le fait de se joindre à un autre pour le soutenir et demander en sa faveur. Elle porte à la fois le sens de l’adjonction et de l’aide apportée à celui pour qui l’on intercède, et celui de la considération (al-jâh) et de la position éminente (sacralité) de l’intercesseur auprès de celui à qui il s’adresse.
Le fait de s’occuper du besoin d’autrui auprès d’une personnalité éminente constitue une intercession (shafâ‘a) : tu es alors l’intercesseur (shafî‘), la personnalité éminente est celle auprès de qui l’on intercède (mashfû‘ ilayhi), celui qui bénéficie de l’intercession est (mashfû‘ lahu), et le fait de satisfaire ce besoin est appelé tashfî‘.
**Les types de l’Intercession (ash-Shafâ‘a) :**
L'intercession ne sort pas de trois types : soit de la créature auprès de la créature, soit du Créateur auprès de la créature, soit de la créature auprès du Créateur.
**1. L’intercession de la créature auprès de la créature :**
C'est une manifestation de l'entraide lorsque celui auprès de qui l'on intercède possède le pouvoir de disposer de ce qui lui est demandé selon les causes ordinaires. L'entraide dans le bien est confirmée par le Livre et la Sunna.
Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 4/V : 85) : (Quiconque intercède d’une bonne intercession, cela lui apportera une part de récompense et quiconque intercède d’une mauvaise intercession, cela lui fera porter une part de responsabilité).
Abû Mûsâ Al-Ash'arî (qu'Allâh agrée) rapporta : que lorsqu'un demandeur ou une personne dans le besoin venait au Prophète ﷺ, il disait : « Intercédez afin d'être récompensés, et qu'Allâh décrète par la langue de Son Messager ce qu'Il veut. » (1)
Dans ce hadith, Prophète ﷺ incite ses Compagnons à venir en aide aux gens auprès de lui, qu'il soit capable de satisfaire leur besoin ou non.
**2. L'intercession du Créateur auprès de la créature :**
Celle-ci est impossible et interdite à solliciter. En raison du hadith de Jubayr ibn Mut'im (qu'Allâh agrée) relatant qu’un nomade vint au Messager d'Allâh ﷺ et dit : "Messager d'Allâh ! Les âmes sont épuisées, les familles sont perdues, les biens sont anéantis et les bêtes ont péri. Demande donc la pluie pour nous, car nous cherchons intercession par toi auprès d'Allâh et nous cherchons intercession par Allâh auprès de toi." Le Messager d'Allâh ﷺ dit : « Malheur à toi ! Sais-tu ce que tu dis ? » Le Messager d'Allâh ﷺ se mit à célébrer la pureté d’Allâh (yusabih) et ne cessa de célébrer Sa pureté au point que cela se vit sur les visages de ses Compagnons. Puis il dit : « Malheur à toi ! On ne cherche pas intercession par Allâh auprès de quiconque parmi Sa création. La grandeur d'Allâh est bien au-dessus de cela.»(2)
L'impossibilité de demander l'intercession d'Allâh s'explique par le fait que l'intercesseur est un solliciteur, or Allâh est toujours Celui qui est sollicité, jamais le solliciteur.
De plus, l'intercesseur, selon le sens originel du terme, n'est pas certain d'être obéi par celui auprès de qui il intercède en acceptant son intercession ; or dans ce cas, l'intercession s'adresse nécessairement à quelqu'un d'inférieur au rang de la Divinité .
**3. L’intercession de la créature auprès du Créateur :**
Elle a lieu soit dans le monde d’ici-bas, soit dans la vie dernière.
L'intercession auprès d'Allâh dans ce monde d'ici-bas consiste à invoquer Allâh en faveur de celui pour qui l'on intercède, comme dans le hadith de l'aveugle. La solliciter d'un vivant présent est permise, que celui en faveur de qui l’on intercède soit vivant ou mort, conformément à sa parole ﷺ : « Nul homme musulman ne meurt, quarante hommes n'associant rien à Allâh assistant à ses funérailles, sans qu'Allâh n'accepte leur intercession en sa faveur. » (3)
L'intercession auprès d’Allâh dans la vie dernière consiste en l'invocation et la sollicitation pour le pardon des péchés de celui en faveur de qui l'on intercède, ou pour l'élévation de ses degrés, comme dans sa parole ﷺ : « Chaque Prophète a une invocation qu'il invoque, et je veux réserver mon invocation comme intercession pour ma nation dans la vie dernière. » (4), et sa parole ﷺ : « Le plus heureux des gens à bénéficier de mon intercession le Jour de la Résurrection sera celui qui dira : "Nulle divinité ne mérite l'adoration hormis Allâh", sincèrement de son cœur. » (5)
Cette intercession est confirmée pour les autres Prophètes, pour les savants, les martyrs et l'ensemble des croyants, ainsi que pour le Coran et le Paradis. En raison de sa parole ﷺ : « Intercéderont le Jour de la Résurrection trois catégories : les Prophètes, puis les savants, puis les martyrs » (6)
Et sa parole ﷺ : « Allâh élève la descendance du croyant à son degré, même si leurs œuvres sont inférieures aux siennes, afin que son œil se réjouisse d’eux. », puis il récita le verset (S : 52/V : 21) : (Ceux qui ont eu la foi et que les descendants auront suivis dans la foi), puis il dit : « Nous n’avons pas lésé les pères de ce que Nous avons accordé aux enfants. » (7)
Et sa parole ﷺ : « Lisez le Coran, car il viendra le Jour de la Résurrection comme intercesseur pour ses compagnons. » (8)
Et sa parole ﷺ : « Multipliez vos demandes du Paradis à Allâh et invoquez Sa protection contre l’Enfer. Car tous deux sont des intercesseurs dont l’intercession est agréée. Quand le serviteur multiplie la demande du Paradis à Allâh, le Paradis dit : "Seigneur ! Voici Ton serviteur qui m’a demandée à Toi, alors fais-le habiter en moi." Et l’Enfer dit : "Seigneur ! Voici Ton serviteur qui a invoqué Ta protection contre moi, alors protège-le de moi." » (9)
**Les conditions de l'intercession (ash-Shafâ‘a) dans la vie dernière :**
Pour que l'intercesseur puisse intercéder le Jour de la Résurrection, quatre conditions doivent être réunies :
1. Que l'intercesseur fasse partie de ceux dont Allâh a agréé la foi véridique et l'œuvre pieuse.
2. Que celui pour qui l'on intercède fasse partie des croyants unificateurs (muwahhidîn) sincères.
3. Qu'Allâh permette à l'intercesseur.
4. Qu'Allâh lui fixe ceux en faveur de qui il peut intercéder.
Il y a à ce sujet des textes du Livre et de la Sunna :
Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 255) : (Qui peut intercéder auprès de Lui, sans Sa permission ?)
Et Il dit (S : 10/V : 3) : (Il n’y a aucun intercesseur sans Sa permission préalable.)
Et Il dit (S : 19/V : 87) : (Ils n’auront aucun droit d’intercession, hormis celui qui aura bénéficié d’un engagement de la part du Miséricordieux.)
Et Il dit (S : 20/V : 109) : (Ce jour-là, la seule intercession qui sera utile est celle de celui à qui Le Miséricordieux aura donné la permission et dont Il aura agréé la parole.)
Et Il dit (S : 21/V : 28) : (Il connaît leurs œuvres passées et futures et ils n’intercèdent que pour celui qu’Il a agréé. Sa crainte les laissant toujours attentifs à ne pas Le contrarier).
Et Il dit (S : 39/V : 43 et 44) : (Ou bien, ont-ils pris, en dehors d’Allâh, des intercesseurs ? Dis : « Même s’ils ne possèdent rien et ne raisonnent pas ? (43) Dis : « Toute l’intercession appartient à Allâh. (44))
Et Il dit (S : 53/V : 26) : (Et combien d’Anges se trouvant dans les Cieux dont l’intercession ne servirait à rien, sauf après la permission d’Allâh à qui Il veut et qu’Il agrée !)
Dans le long hadith de l'intercession de Anas remontant au Prophète ﷺ (marfû') : « Puis je retournerai et tomberai prosterné de la même manière une troisième ou une quatrième fois, jusqu'à ce qu'il ne reste dans l’Enfer que celui que le Coran y a retenu. » (10)
Ainsi apparaît le secret de cette intercession soumise à ces conditions, et que sa sagesse est la manifestation de la majesté d'Allâh et de Sa grandeur, ainsi que la proclamation de la noblesse de l'intercesseur et de son rang, et le fait que les injustes désespèrent de toute intercession provenant des créatures, hormis celle issue de la miséricorde d'Allâh.
**Demande de l'intercession (ash-Shafâ‘a) dans la vie dernière :**
La demande de l'intercession dans la vie dernière se fait de quatre manières :
1. La demander à Allâh, comme si nous disions : « Allâh ! Fais que le Sceau des Prophètes et l'Imam des Messagers intercède en notre faveur ». Ceci est une demande correcte et une invocation légiférée, car l'intercession appartient à Allâh tout entière.
2. La demander durant cette vie à celui dont on sait qu'il fait partie des gens de l'intercession, alors qu'il est vivant et présent, comme le Compagnon disait : « Messager d'Allâh ! Je te demande ton intercession demain ». Ceci est correct en raison du hadith d'Anas (qu’Allâh agrée) qui l'a demandée au Messager d'Allâh ﷺ et il répondit : « Je le ferai » (11)
Cette demande ne doit être adressée qu'au Messager, et il n'est pas permis à un autre que le Messager ﷺ de la promettre, car il faudrait qu'il ait la certitude que l’intercession lui sera accordée et que lui-même et celui en faveur de qui il intercède font partie des gens du Paradis, et rien de tout cela ne peut être affirmé si ce n'est par la révélation (wahy).
3. La demander à l'intercesseur le Jour de la Résurrection, et cela est confirmé par le long hadith de l'intercession.
4. La demander aujourd'hui à celui qui est mort et se trouve dans le monde de l'Imperceptible (al-ghayb) ; si l’invoqué est le Prophète de la miséricorde ﷺ, cela est une invention dans la religion (bid'a) qui n'a été rapportée d'aucun des Imams des musulmans ; et s’il fait partie des pieux de la nation, alors cela constitue une association (shirk). En effet, cela implique la croyance que l’invoqué connaît l’Imperceptible (al-ghayb), qu’il ira au Paradis, qu’Allâh l’a autorisé à intercéder, et que le demandeur fait partie de ceux qui bénéficieront de l’intercession.
**Ce qui fut rapporté au sujet de la négation de l'intercession (ash-Shafâ‘a) :**
Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 2/V : 48) : (Craignez un Jour où aucune personne ne pourra acquitter les obligations d’une autre personne, aucune intercession ne sera acceptée en sa faveur, aucune rançon ne sera reçue et personne ne trouvera quelqu’un pour le secourir.)
Et Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 6/V : 94) : (Et vous voici venus à Nous, seuls, comme Nous vous avons créés la première fois et vous avez laissé ce que Nous vous avons accordé derrière vous. Nous ne voyons pas, avec vous, vos intercesseurs que vous prétendiez être des associés. Tout lien est rompu entre vous, et ce que vous prétendiez vous a abandonnés.)
Et Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 36/V : 23) : (Prendrais-je en dehors de Lui des divinités ? Si Le Miséricordieux voulait me faire subir le moindre mal, leur intercession ne me servirait à rien et ils ne pourraient pas me sauver.)
Et Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 74/V : 48) : (Ils ne profiteront point, alors, de l’intercession des intercesseurs.)
'Â'isha (qu'Allâh agrée) rapporta : « Lorsque fut révélé (S : 26/V : 214) : (Et avertis les proches membres de ta tribu), le Messager d'Allâh ﷺ se tint debout sur As-Safâ et dit : "Fâtima, fille de Muhammad ! Safiyya, fille de 'AbdulMuttalib ! Banû 'AbdulMuttalib ! Je ne possède rien pour vous auprès d'Allâh. Demandez-moi de mes biens ce que vous voulez." »
Abû Hurayra (qu'Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « ... et je les précéderai au Bassin. Certes, des hommes seront écartés de mon Bassin comme on écarte un chameau égaré. Je les appellerai : "Venez ici !" Mais il sera dit : "Ils ont inventé dans la religion après toi." Alors je dirai : "Qu'ils soient bannis ! Qu'ils soient bannis !" »
Celui qui s'attache à la créature et se rapproche d’elle par des œuvres afin qu'elle intercède pour lui auprès d'Allâh a certes eu une mauvaise pensée envers Allâh et a diminué Sa majesté. Ceci est dû au fait que les ignorants comparent Allâh aux rois de ce bas monde et comparent les conditions de la vie dernière aux conditions de ce bas monde. Ils attribuent à Allâh les jugements des rois. Or, l'intercession auprès des rois est une forme de participation avec eux dans la royauté. Quiconque compare donc l'intercession auprès d'Allâh à celle auprès des rois a certes associé à Allâh et L'a décrit par une imperfection dont Il est infiniment élevé.
Voici la voie pour concilier les textes qui affirment l'intercession avec ceux qui la nient, et le fait que celle qui est affirmée est l'intercession légiférée (ash-shar’iyya), tandis que celle qui est niée est l'intercession associative (ash-shirkiyya).
**Le chemin vers l'intercession (ash-Shafâ‘a) :**
Musulman ! Suis ce que le Coran t'indique, il intercèdera pour toi auprès d'Allâh, et ne dévie pas de la Sunna de Son Messager ﷺ : son intercession t’englobera — si Allâh le veut — et ne désespère pas de la miséricorde d’Allâh en espérant la miséricorde d’autre que Lui, car Il est le Plus Miséricordieux des miséricordieux. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 10/V : 57) : (Humains ! Certes, il vous est venu une exhortation de votre Seigneur, une guérison pour les cœurs, une guidance et une miséricorde pour les croyants.)
**Références et notes :**
(1)[Rapporté par Al-Bukhârî (6027) et Muslim (2627).]
(2)[Rapporté par Abû Dâwud (4726), jugé dha'îf par Al-Albânî dans « Adh-Dha’îfa » (2639).]
(3)[Rapporté par Muslim (948).]
(4)[Rapporté par Al-Bukhârî (6304) et Muslim (198)]
(5)[Rapporté par Al-Bukhârî (6570).]
(6)[Rapporté par Ibn Mâja (4313), jugé dha'îf par Al-Albânî dans « Adh-Dha’îfa » (1978).]
(7)[Rapporté par Al-Bazzâr (2260) « Kashf », jugé sahîh par Al-Albânî dans « As-Sahîha » (2490).]
(8)[Rapporté par Muslim (804).]
(9)[Rapporté par Abû Nu'aym dans « Sifat al-Janna » (70) et Ad-Daylamî dans « Al-Firdaws » (213).]
(10)[Rapporté par Al-Bukhârî (6565) et Muslim (193).]
(11)[Rapporté par At-Tirmidhî (2433), jugé sahîh par Al-Albânî dans « As-Sahîha » (2630).]
(12)[Rapporté par Muslim (205).]
(13)[Rapporté par Muslim (249).]
Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l'Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l'érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.