Umm Sulaym — La mère qui offrit Anas Ibn Mâlik à l'Islam-1
Les femmes de l'Islam

Umm Sulaym — La mère qui offrit Anas Ibn Mâlik à l'Islam-1

Khemmar Tamime 02/05/2026 Les femmes de l'Islam
**Introduction :**

Parmi les grandes femmes que l'histoire de l'Islam a immortalisées, Umm Sulaym bint Milhân occupe une place singulière et lumineuse. Cette mère d'exception fut la cause par laquelle Allâh préserva une part immense de la Sunna prophétique, lorsqu'elle offrit son fils Anas au service du Messager d'Allâh ﷺ. Femme de foi inébranlable, elle affronta seule les épreuves de la vie sans jamais vaciller, élevant son fils avec une clairvoyance et une détermination rares. Son histoire est un modèle vivant de ce que peut accomplir une mère musulmane lorsqu'elle place sa confiance en Allâh et élève ses ambitions au-delà de ce que le commun des mortels peut concevoir. Découvrez dans cet article la vie de cette femme bénie dont le nom restera à jamais lié à celui du Messager d'Allâh ﷺ.

**Une mère au grand cœur : le plus beau des présents**

Si une mère pouvait être fière devant son fils d'une faveur qu'elle lui aurait faite, être fière de son fils devant la nation de l'Islam, et être fière devant cette nation de la part que sa maison a eue du Messager d'Allâh ﷺ, alors tout cela — réuni — reviendrait à Umm Anas ibn Mâlik, qu'Allâh soit satisfait d'elle et de son fils.

En effet, Umm Anas a offert à son fils Anas et à la nation le plus beau des cadeaux lorsqu'elle le mit au service du Messager d'Allâh ﷺ. Par ce geste, elle fut une des causes par lesquelles Allâh préserva la Sunna prophétique, et, par conséquent, la religion elle-même. Ainsi, Anas (qu'Allâh agrée), grâce à son service auprès du Prophète ﷺ, put nous transmettre plus de deux mille hadiths. Plus encore, il rapporta de ses états, paroles et actes ﷺ ce que nul autre n'a rapporté, en raison de sa position privilégiée qui lui permit d'accéder à ce à quoi personne d'autre n'avait accès.

L'idée de servir le Prophète ﷺ venait d'Umm Anas, et elle partit voir le Messager d'Allâh ﷺ, désirant la réaliser. Le noble Prophète ﷺ exauça sa demande et réalisa son désir.

Anas rapporta : « Le Messager d'Allâh ﷺ arriva à Médine alors que j'avais huit ans. Ma mère me prit par la main et m'emmena vers lui, et dit : "Messager d'Allâh ! Il ne reste aucun homme ni aucune femme parmi les Ansâr qui ne t'ait offert un présent. Quant à moi, je n'ai de présent à t'offrir que mon fils que voici. Prends-le donc. Qu'il te serve tant que tu le voudras." Il dit : "Je le servis pendant dix ans ; il ne me frappa jamais, ne m'insulta jamais, et ne fronça jamais les sourcils devant moi." »¹

Quel beau présent fut celui d'Umm Anas ! Et quelle belle détermination fut la sienne ! C'était une détermination noble et un désir élevé de la part de cette mère généreuse, lorsqu'elle voulut que son fils obtienne cet honneur et que sa gloire et sa fierté durent à travers le temps. Et cela fut réalisé : le nom d'Anas demeura à travers les siècles lié à celui du Messager d'Allâh ﷺ, et il reçut le surnom de « Serviteur du Messager d'Allâh ﷺ », ce surnom qu'Anas portait avec fierté. Il disait souvent : « J'espère rencontrer le Messager d'Allâh ﷺ le Jour de la Résurrection et lui dire : "Messager d'Allâh ! Voici ton petit serviteur Anas." »²

**Une foi à toute épreuve : quand le mari refuse l'Islam**

Umm Anas s'est consacrée à l'éducation et au soin de son fils, portant avec force cette responsabilité, et s'y est appliquée avec une détermination connue d'elle depuis le premier jour où elle entra dans la religion de l'Islam. En effet, elle était l'épouse de Mâlik ibn An-Nadr à l'époque de la Jâhiliyyah (période d'ignorance préislamique), et elle lui donna comme fils Anas ibn Mâlik. Lorsque Allâh envoya Son Prophète ﷺ transmettre l'Islam, Umm Sulaym fut parmi ceux qui se hâtèrent vers lui. Elle embrassa l'Islam avec son peuple et invita son mari Mâlik à entrer dans la religion d'Allâh, mais il refusa, se mit en colère contre elle et la quitta. Puis il partit pour le Shâm (le Levant) où il mourut.³ Cela ne déstabilisa point Umm Sulaym ni ne la fit vaciller de sa position, malgré le fait qu'à cette époque, l'homme était le pilier, le soutien et la base de la maison. Sa fermeté témoigne d'une foi solide, d'un cœur inébranlable, d'une détermination forte et d'une grande volonté.

**Une sagesse rare : la nuit du décès de l'enfant**

Umm Sulaym devait poursuivre seule le chemin de l'éducation de son enfant, et elle accomplit cette mission pleinement et avec succès. Qui d'autre qu'elle pourrait remplir cette mission, alors qu'elle est dotée d'un jugement perçant et d'un sage conseil ? Son attitude avec son mari Abû Talha le jour du décès de leur fils en témoigne.

Anas rapporte : « Le fils d'Abû Talha était souffrant. Abû Talha sortit, et l'enfant mourut. Lorsqu'Abû Talha revint, il demanda : "Comment se porte mon fils ?" Umm Sulaym — qui était la mère de l'enfant — répondit : "Il est plus calme qu'il ne l'a jamais été." Elle lui rapprocha le dîner et il mangea, puis il eut un rapport conjugal avec elle. Lorsqu'il termina, elle dit : "Enterrez l'enfant." Le lendemain, Abû Talha alla voir le Messager d'Allâh ﷺ et lui rapporta l'événement. Il l'interrogea : "Avez-vous eu un rapport la nuit précédente ?" Il répondit : "Oui." Il dit : "Allâh ! répand la bénédiction sur eux." » Elle donna naissance à un garçon, et Abû Talha dit à Anas : « Emporte-le au Prophète ﷺ. », et envoya avec lui des dattes. Le Prophète ﷺ demanda : « Y a-t-il quelque chose avec lui ? » On répondit : « Oui, des dattes. » Le Prophète ﷺ les prit, les mâcha, puis les sortit de sa bouche et les plaça dans la bouche du bébé, frotta avec son palais et le nomma 'Abdullâh.
Dans la version de Al-Bukhârî, Ibn 'Uyayna rapporte : « Un homme des Ansâr dit : "J'ai vu neuf enfants, tous avaient appris le Coran", c'est-à-dire parmi les enfants de 'Abdullâh le nouveau-né. »⁴

C'était donc une femme patiente, dont la patience fut très fructueuse. Elle était également dotée d'une profonde sagesse.

**Une mère clairvoyante : l'éducation avant tout**

Des sources authentiques rapportent qu'Umm Anas enseigna à son fils la lecture et l'écriture avant qu'il n'atteigne l'âge de dix ans, et qu'elle ne l'amena au Prophète ﷺ qu'après qu'il excella en cela.

Anas rapporta : « Umm Sulaym me prit par la main dès l'arrivée du Prophète ﷺ à Médine et m'amena vers lui en disant : "Messager d'Allâh ! Voici mon fils, c'est un garçon qui sait écrire." » Il dit encore : « Je le servis pendant neuf ans ; jamais il ne m'a dit, à propos d'une chose que j'ai faite : "Tu as mal agi !" ou : "Quelle mauvaise chose tu as faite !" »⁵

Quiconque connaît la situation des Arabes, à cette époque — concernant la lecture et l'écriture — comprend l'ampleur de l'effort fourni par cette grande mère pour que son fils atteigne les rangs des grands hommes. Quelle formidable œuvre !

**Le refus du remariage : un sacrifice pour l'avenir d'Anas**

Et parmi les grandes faveurs d'Umm Sulaym envers son fils Anas — et qui confirme encore sa clairvoyance — il y a le fait qu'elle refusa de se remarier après le décès de son mari, jusqu'à ce qu'Anas grandisse, s'asseye dans les assemblées et parle avec les hommes. Elle disait : « Je ne me remarierai pas tant qu'Anas n'aura pas grandi et pris place dans les assemblées. »

Anas disait à ce sujet : « Qu'Allâh récompense ma mère pour moi, car elle s'est parfaitement occupée de moi. »⁶

**Une dot unique dans l'histoire de l'Islam : l'Islam lui-même**

La condition posée par Umm Anas pour son fils se réalisa : il grandit, s'assit dans les assemblées des hommes et prit la parole. Les prétendants vinrent alors à elle de toutes parts, et parmi eux se trouvait le noble Compagnon Abû Talha Zayd ibn Sahl Al-Ansârî.⁷ Umm Sulaym l'épousa, et Allâh la combla par ce mariage. Leur union fut un signe parmi les signes d'Allâh, élevé soit-Il. En effet, lorsqu'il vint la demander en mariage — alors qu'il était encore mécréant — Umm Sulaym, cette femme au grand discernement, lui dit : « Abû Talha ! Un homme tel que toi ne doit pas être refusé. Mais tu es un homme mécréant, et je suis musulmane : il ne t'est pas permis de m'épouser. Si tu embrasses l'Islam, alors cela sera ma dot. » Il embrassa donc l'Islam, et ce fut sa dot. Thâbit al-Bunânî dit : « Nous n'avons jamais entendu parler d'une dot plus noble que la dot d'Umm Sulaym : l'Islam. »⁸ Ainsi, sa dot fut la plus grande dot jamais connue dans toute la nation.

Parmi les beaux récits rapportés à propos de leur mariage le suivant : Lorsque Abû Talha la demanda en mariage, elle lui dit : « Abû Talha ! Ne sais-tu pas que le dieu que tu adores a poussé de la terre ? » Il répondit : « Si. » Elle dit : « N'as-tu pas honte d'adorer un arbre ?! Si tu embrasses l'Islam, je ne veux de toi aucune dot autre que cela. » Il dit : « Laisse-moi réfléchir. » Il partit puis revint en disant : « J'atteste que nulle divinité ne mérite l'adoration hormis Allâh et que Muhammad est le Messager d'Allâh. » Elle dit alors : « Anas ! Marie Abû Talha avec moi. » Et il la maria.⁹

Sa dot fut l'Islam — une dot si exceptionnelle qu'il est rare qu'elle se soit produite dans l'histoire ou qu'elle se répète.

Allâh accorda Sa faveur à Abû Talha : après sa conversion et son mariage avec Umm Sulaym, il devint l'un des musulmans les plus éminents parmi les Ansâr à Médine. Il fut l'un des douze chefs lors du pacte d'Al-'Aqaba, assista à Badr et à toutes les batailles suivantes. Il faisait partie des plus braves hommes et des archers les plus réputés, aussi bien dans la période préislamique qu'en Islam.
La bénédiction d'Umm Sulaym le couvrit, cette femme si bénie et cette mère si vertueuse.
Telle était Umm Anas, et telle était sa clairvoyance. Quelle femme peut l'égaler, ou même espérer l'imiter ?

A suivre...

**Notes et références:**

¹ Rapporté par Abû Ya'lâ (3624) et d'autres.

² Rapporté par Ahmad dans son Musnad (3/222), et les vérificateurs du Musnad ont déclaré : « Sa chaîne de transmission est sahîh selon les conditions de Muslim. »

³ Voir : Al-Isâba (8/227).

⁴ Rapporté par Al-Bukhârî (1301) et Muslim (2144).

⁵ Rapporté par Ahmad (12273), et Al-Arna'ût a dit : « Sa chaîne de transmission est sahîh selon les conditions des deux shaykhs. »

⁶ Voir : « Tabaqât Ibn Sa'd » (10/396).

⁷ Voir : « Siyar A'lâm an-Nubalâ' » (2/27).

⁸ Rapporté par 'Abdurrazzâq (10417) et par At-Tayâlisî dans son Musnad (2590).

⁹ Voir : « Hilyat al-Awliyâ' » (2/60).