## Un foyer de science, de mérite et d'argent licite
C'est la mère de l'imam Muhammad ibn Ismâ'îl Al-Bukhârî ; l'imam du monde, le Prince des croyants dans le hadith, et l'auteur de l'ouvrage le plus authentique après le Livre d'Allâh — élevé soit-Il.
Mais qui était donc cette mère qui enfanta un tel imam ?
Il ne fait aucun doute que ces mérites grandioses accordés au fils reflètent une part de ressemblance avec son père et sa mère. Ils sont le fruit de leurs efforts conjugués, ou du moins le signe que ces deux parents possédaient une piété et une vertu telles qu'ils furent jugés dignes d'avoir Al-Bukhârî pour fils.
Et telle fut la réalité : la demeure où naquit Al-Bukhârî était une maison de science, de mérite et d'éducation.
Ismâ'îl — son père — comptait parmi les savants traditionnistes (*muhaddithîn*). Il se consacra au hadith et voyagea à travers les contrées pour l'étudier. On rapporte de lui des transmissions d'après Mâlik ibn Anas et Hammâd ibn Zayd ; il vit également 'Abdullâh ibn Al-Mubârak et lui serra les deux mains. Ishâq ibn Ahmad ibn Khalaf rapporte avoir entendu Al-Bukhârî dire : « Mon père a entendu de Mâlik ibn Anas, a vu Hammâd ibn Zayd et a serré les deux mains d'Ibn Al-Mubârak. »
Ismâ'îl était connu pour sa prestance et son abstinence pieuse (*wara'*). Il travaillait dans le commerce, y appliquant sa science et son abstinence pieuse (*wara'*), si bien que ses biens devinrent purs et licites.
## Les dernières paroles d'un père : un million de dirhams sans un seul dirham douteux
Notre imam Muhammad ibn Ismâ'îl naquit en l'an 194 de l'Hégire, dans la ville de Boukhara. Ismâ'îl ne vécut pas longtemps auprès de son fils Muhammad ; il quitta ce monde alors que son enfant n'avait que quelques années. Sur son lit de mort, il appela son fils Al-Bukhârî et lui dit : « Je t'ai laissé un million de dirhams, dont je ne connais pas un seul dirham provenant d'un gain illicite (*harâm*), ni même un seul dirham entaché d'une ambiguïté (*shubha*). »
Nous pouvons imaginer la profondeur de la science qu'Ismâ'îl — le père d'Al-Bukhârî — avait acquise pour affirmer avec une telle certitude, non seulement qu'aucun dirham illicite n'était entré dans ses biens, mais qu'aucun dirham de provenance douteuse ne s'y trouvait !
Il nous appartient également de méditer sur cette parole et d'en reconnaître l'importance parmi les causes de l'excellence d'Al-Bukhârî — qu'Allâh lui fasse miséricorde — car l'argent licite et pur a une influence immense sur les corps et les âmes.
De plus, la totalité de ces biens avait été réservée par le père pour l'éducation de ses enfants. Cet argent fut effectivement dépensé dans cette voie, notamment lors des voyages d'Al-Bukhârî à travers les pays pour écouter et apprendre le hadith du Messager d'Allâh ﷺ.
Tel était le père d'Al-Bukhârî, et il n'est que juste qu'un tel homme ait un fils de ce rang. Nous observerons la même chose dans la vie de sa mère.
## Un orphelin sous la garde d'une mère exceptionnelle
Al-Bukhârî grandit donc orphelin sous la garde de sa mère. Elle prit en charge son éducation et son instruction, si bien qu'il acheva la mémorisation du Noble Coran à l'âge de sept ans. C'est comme si une voie tracée par Allâh pour beaucoup de savants et de grands hommes fut de grandir orphelins, et de même pour des prophètes !
## Un miracle de l'invocation : la vue rendue par les pleurs d'une mère
Les historiens rapportent un fait prodigieux survenu à Al-Bukhârî alors qu'il était un jeune enfant : ils mentionnent qu'il fut atteint d'une affection oculaire qui lui fait perdre la vue. Sa mère vit alors en rêve Ibrâhîm Al-Khalîl (le confident d'Allâh) — que le salut soit sur lui —, qui lui dit : « Ô toi ! Allâh a rendu la vue à ton fils en raison de l'insistance de tes pleurs ou de la multitude de tes invocations. »
Ahmad ibn Al-Fadl Al-Balkhî — le rapporteur du récit — ajoute : « Au matin, Allâh lui avait effectivement rendu la vue. »
Il ne fait aucun doute qu'un tel accident bouleverserait l'esprit des hommes les plus fermes ; qu'en est-il alors d'une mère ? Le cœur d'une mère se déchire pour une simple écorchure sur le visage de son enfant, que dire alors s'il devient aveugle et perd la vue ? Cela signifierait-il qu'il passerait toute son existence dans cet état ?
Mais la mère d'Al-Bukhârî — qui mérita amplement son titre de mère d'Al-Bukhârî — ne s'effondra pas et ne désespéra pas. Elle se leva pour exposer son besoin à Celui qui exauce les prières des demandeurs. Elle supplia, implora et pleura. Elle persévéra devant la porte de son Seigneur, la frappant par ses confidences et ses invocations, jusqu'à ce qu'Allâh exauce son invocation et entende ses pleurs.
Elle eut en vision l'heureuse annonce de la guérison de son fils et du rétablissement de sa vue. Elle ne le vit pas seulement guéri et posant son regard sur elle — ce qui aurait suffi comme heureuse annonce — mais elle vit le Prophète d'Allâh et Son confident (*khalîl*), Ibrâhîm — que l'éloge et le salut soient sur lui — lui dire : « Ô toi ! Allâh a rendu la vue à ton fils. » Puis, il lui expliqua la raison de ce don divin en disant : « En raison de l'insistance de tes pleurs », ou il dit : « en raison de la multitude de tes invocations ».
Il y a là une inspiration pour elle — et pour autrui — sur l'utilité de l'invocation, de l'espoir, et sur le fait qu'Allâh entend et exauce. C'est aussi un rappel du mérite de l'humilité et des pleurs devant Celui devant le Visage de qui tous les visages s'humilient. Car toutes les affaires sont entre Ses mains, tout dépend de Son commandement, et la royauté Lui appartient. Son commandement, lorsqu'Il veut une chose, consiste seulement à dire : « Sois ! », et elle survient.
C'est là un prodige qui en recèle d'autres en faveur de la mère d'Al-Bukhârî — qu'Allâh leur fasse miséricorde : le prodige du rétablissement de la vue de son fils après sa perte, celui de son recours à son Seigneur et de son humilité devant Lui, et celui de sa vision d'Ibrâhîm, le confident (*khalîl*) d'Allâh, en rêve, lui apportant l'heureuse annonce de cet événement.
## Un prodige précoce à l'école coranique
La mère d'Al-Bukhârî assuma à la fois son rôle et celui du père dans son éducation et son instruction. Elle l'éduqua et excella dans son éducation ; elle l'instruisit et parfit son instruction. Lorsqu'elle vit qu'il avait réuni tout le savoir des savants de sa contrée, elle partit avec lui — alors qu'il n'avait que seize ans — vers La Mecque, afin qu'il s'abreuve à ses mers et puise à ses fleuves. Elle accomplit ainsi l'obligation du hajj, accompagnée d'Al-Bukhârî et de son frère ; puis elle s'en retourna avec son autre fils, le laissant là-bas pour se consacrer à la quête de la science.
Écoutons sa réponse lorsqu'il fut interrogé par Muhammad ibn Abî Hâtim sur ses débuts : « Comment a commencé ton histoire ? ». Il répondit : « L'inspiration de mémoriser le hadith m'a été donnée alors que j'étais encore à l'école coranique (*kuttâb*). » Je demandai : « Quel âge avais-tu ? ». Il dit : « Dix ans, ou moins. Puis je sortis de l'école coranique après mes dix ans, et je me mis à fréquenter les cours d'Ad-Dâkhilî et d'autres. Un jour, alors qu'il récitait aux gens, disant : "Sufyân, d'après Abû Az-Zubayr, d'après Ibrâhîm". Je lui dis alors : "Abû Az-Zubayr n'a pas rapporté d'Ibrâhîm". Il me réprimanda, mais je lui dis : "Retourne à l'original". Il entra, vérifia, puis ressortit et me demande : "Comment est-ce — garçon ! — ?". Je répondis : "C'est Az-Zubayr ibn 'Adî, d'après Ibrâhîm". Il prit alors le calame de ma main, corrigea son livre et dit : "Tu as dit vrai". » On demanda alors à Al-Bukhârî : « Quel âge avais-tu lorsque tu l'as rectifié ? ». Il dit : « Onze ans. Puis, à l'âge de seize ans, j'avais déjà mémorisé les livres d'Ibn Al-Mubârak et de Wakî', et je connaissais leurs paroles. Puis je partis avec ma mère et mon frère Ahmad vers La Mecque. Lorsqu'elle eut accompli son pèlerinage, mon frère repartit avec elle, et je restai pour la quête du hadith. À dix-huit ans, je commençai à compiler les avis et les récits des Compagnons et des Successeurs, à l'époque de 'Ubaydallâh ibn Mûsâ. Je rédigeai alors mon livre d'histoire « At-Târîkh » auprès de la tombe du Prophète ﷺ lors des nuits de pleine lune. Rares sont les noms cités dans « At-Târîkh » pour lesquels je n'ai pas un récit, mais je n'ai pas voulu rallonger l'ouvrage. »
## Des voyages à travers le monde pour rassembler la Sunna
Al-Bukhârî parcourut le monde pour écouter et rassembler le hadith du Messager d'Allâh ﷺ. Il voyagea vers Médine, l'Irak, le Cham, Marw, Nichapour, Balkh, Ar-Rayy et l'Égypte, jusqu'à recevoir la science de mille huit cents shaykhs, tous étant des gens du hadith et de la Sunna.
## Une mère qui dépensa sans compter pour la science de son fils
Revenons au fait que ce qui a aidé Al-Bukhârî dans ses voyages à travers les contrées fut l'argent que son père lui avait laissé — qu'Allâh lui fasse miséricorde. Méditons sur la vie de ce père qui, en mourant, laissa à son épouse des enfants et des biens. La mère prit cet argent et orienta ses fils vers la quête de la science, dépensant pour eux sans compter. Elle fit preuve d'une qualité rare : elle ne thésaurisa pas l'argent, ne craignit pas qu'il se perde sur le chemin du savoir, et ne se dit pas — comme beaucoup aujourd'hui — : « Je vais le mettre de côté pour qu'il leur serve plus tard ». Au contraire, elle l'utilisa immédiatement pour son fils dans son propre pays, puis l'emmena à La Mecque — source du savoir — pour qu'il apprenne auprès des plus grands, engageant pour cela d'importantes dépenses. Elle ne s'opposa jamais à ses voyages ultérieurs pour maîtriser les fondements et les branches de la science. Comment l'aurait-elle fait, alors que c'est elle qui l'avait encouragé, qui l'avait soutenu sur cette voie et qui plaçait en lui tout son espoir ? Et son espoir fut exaucé.
Un tel comportement n'est possible que pour une mère sincère et dévouée, à qui Allâh a inspiré sa voie.
## Les fondements essentiels pour former des savants
La lecture de la vie de la mère d'Al-Bukhârî — malgré sa brièveté — nous montre les fondements essentiels pour former des savants : la piété de la mère et sa proximité avec son Seigneur. La droiture des parents a un effet immense sur la descendance, comme Allâh l'a mentionné au sujet du trésor des deux orphelins (S : 18/V : 82) : **(Or, leur père était bienfaisant.)**
Parmi ces fondements figure également l'usage par la mère de l'arme de l'invocation. Quel chemin court et facile pour celui qu'Allâh aide, et quel chemin long et pénible pour celui qui en est privé ! Comme il a été dit :
*Si le jeune homme ne reçoit pas l'aide d'Allâh,* *La première chose qui lui causera du tort sera son propre effort.*
La mère qui ambitionne un objectif élevé pour l'éducation de ses enfants ne doit jamais négliger de supplier Allâh avec insistance pour obtenir le succès et la justesse. L'histoire de la vue d'Al-Bukhârî retrouvée grâce aux invocations de sa mère est la meilleure preuve du rang de cette femme et de la puissance de son arme.
## Des leçons pour la mère croyante d'aujourd'hui
Il reste quelques leçons à tirer pour la mère croyante :
L'école coranique (*kuttâb*) où Al-Bukhârî a mémorisé le Coran et reçu l'amour de la Sunna correspond aujourd'hui aux cercles de mémorisation (*tahfîzh*). Ne méprise donc pas cette institution bénie — musulmane ! — et fais en sorte que ton enfant en reçoive sa part de bénédiction. Elle est l'institution la plus ancienne, la plus bénie et la plus grandiose à s'être consacrée à cette œuvre, et Allâh l'a rendue grandement bénéfique. Quel mérite revient à ces gens qui continuent à s'en occuper ! Et quel mérite revient à ceux qui y placent leurs enfants, lui renouvelant ainsi leur confiance !
Al-Bukhârî a achevé de mémoriser le Coran à sept ans, et lorsqu'il s'est intéressé à la Sunna et s'est mis à l'apprendre, il avait moins de dix ans. Il a quitté sa ville et même son pays à la quête du savoir à seize ans et a écrit son premier livre à dix-huit ans. Regardez donc les accomplissements de ces jeunes et fermez vos oreilles aux discours futiles qui disent : « Ne réprimez pas les enfants » ou « Ne gâchez pas leurs talents uniquement dans la mémorisation », et autres slogans étranges répétés sans conscience ni compréhension.
L'œuvre produite par Al-Bukhârî à cet âge fait aujourd'hui l'objet de recherches de la part de savants deux fois plus âgés que lui, qui tentent d'obtenir de hauts grades académiques en n'étudiant qu'un centième de ces ouvrages !
## Le Sahîh Al-Bukhârî : le livre le plus authentique après le Coran
Ensuite, Al-Bukhârî parcourut les contrées : l'Irak, le Cham et l'Égypte. Il reçut la science de 1080 shaykhs. Son génie apparut au grand jour, il se distingua de ses pairs et son nom devint célèbre à travers les horizons. Il rédigea des ouvrages magnifiques, au premier rang desquels son livre : « Al-Jâmi' As-Sahîh Al-Musnad Al-Mukhtasar min Umûri Rasûlillâhi ﷺ wa Sunanihi wa Ayyâmih », plus connu sous le nom de « Sahîh Al-Bukhârî ». Cet ouvrage a reçu des éloges inégalés, au point qu'il fut dit à son sujet qu'il est le livre le plus authentique après le Livre d'Allâh.
Il est également l'auteur du livre « Al-Adab Al-Mufrad » — ainsi nommé pour le distinguer du « Kitâb Al-Adab » (le livre du bon comportement) présent dans son « Sahîh » — ; un ouvrage dont ne peut se passer aucun musulman désireux de se parer des bienséances de l'Islam.
## Un archer hors pair autant qu'un imam sans égal
Parallèlement à ses dons pour la science, il était doué pour le tir à l'arc. Son secrétaire, Muhammad ibn Abî Hâtim, disait : « Muhammad ibn Ismâ'îl pratiquait beaucoup le tir à l'arc. Je ne me rappelle pas l'avoir vu — durant tout le temps où je l'ai côtoyé — rater sa cible par une flèche, sauf à deux reprises. Au contraire, il atteignait son but à chaque fois et personne ne le devançait. »
Il ne cessa de s'élever dans les degrés de la science, les rangs de l'action et les sommets du mérite, jusqu'à ce que sa présence devienne une parure pour la nation. Ses jours étaient comme des saisons de bienfaits : les pays célébraient sa venue et les savants espéraient le voir.
Il y avait parmi les gens ceux qui auraient souhaité lui offrir une partie de leur propre vie. Le vénérable savant Yahyâ ibn Ja'far Al-Bîkandî disait ainsi : « Si je pouvais enlever de ma vie et le rajouter à celle de Muhammad ibn Ismâ'îl, je le ferais ; car ma mort ne serait que la mort d'un seul homme, tandis que la mort de Muhammad ibn Ismâ'îl signifierait la disparition de la science. »
## Un departure vers la miséricorde d'Allâh
L'imam Al-Bukhârî — qu'Allâh lui fasse miséricorde — s'éteignit lors de la nuit de l'Aïd al-Fitr, en l'an 256 de l'Hégire.
Qu'Allâh fasse miséricorde à l'imam Muhammad ibn Ismâ'îl, qu'Il fasse miséricorde à son père qui ne le nourit que de licite, et qu'Il fasse miséricorde à sa mère qui l'éduqua avec excellence et fut la cause du retour de la lumière dans les yeux de Muhammad, lequel remplit alors le monde de lumière et de clairvoyance.